verite

  • Sans titre

    Je veux bien croire

    que mes pensées

    mes rêves mes projets

    ne sont qu'illusions

     

    que  tout mon corps

    - avec les fines veines entrelacées

    de mes poignets

    le sang battant sous ma chair

     

    mes mèches mes yeux

    la cambrure de mon dos

    mes lèvres rives de la parole -

    est voué à disparaître

     

    Mais lorsque je vois

    le petit chemin

    qui entraîne mes pas

    parmi les herbes de l'été

     

    le papillon moucheté

    cette étoile de la matinée

    qui frôle

    mon épaule

     

    l'étincelle

    de la brindille

    qui me distrait

    de mes soucis

     

    la flamme bleue

    d'une rose

    se penchant

    du côté où j'arrive

     

    je crois

    ma foi

    au pouvoir

    de mes rêves

     

    de mes pensées

    de mes projets

    à vivre

    et je sais

     

    que tout

    ce qui m'est montré

    par un doigt

    invisible

     

    quand mon regard

    passe

    est absolue

    vérité

     

    Géraldine Andrée

  • Cet été-là

    Cet été-là,
    l'ombre des mirabelliers était constellée de guêpes: quand on la traversait, il fallait chasser très vite ces lueurs follettes de la main;
    le chien revenait toujours de sa promenade essoufflé; on enlevait un à un les grains de blé collés à son museau;
    le miel de la lumière débordait du temps: pendant que les voix se faisaient graves, on feignait d'en remplir notre cuillère;
    Lise tressait comme des nattes les herbes du jardin, puis volaient en éclats de rire ses mots: "Le jardin est bien coiffé!"

    On fermait les persiennes très tard et, sous la clarté de la lune qui coulait par les interstices, le couvre-lit prenait la couleur de la mer.

    A chaque lendemain, on voyait que l'aube était passée avec sa nue toute cotonneuse et mouillée de rosée,
    et qu'elle avait bien essuyé
    le ciel qui brillait comme un miroir neuf.

    Souviens-toi:
    c'était l'été mille neuf cent trente-neuf.

    Géraldine Andrée

  • APAISEMENT

    Numériser0001

    J'ai froissé tous ces mensonges amers   fait taire la berceuse atone de l'ennui    et effacé l'âme morne des vieux soirs

    J'ai éteint l'oeil sombre des orages   voilé les   constellations sauvages qui égaraient les chemins de l'univers   calmé la douleur des remous et rumeurs

    J'ai dissipé les cendres des nuits de jadis    les chagrins s'en vont dans leur cortège balbutiant    la solitude s'éloigne à tout jamais    c'est l'immense enjambée des anciens remparts de l'ombre

    Enfin! 

    Je ne craindrai plus le fourbe roulis de la mort

    je ne verrai plus notre rêve tourmenté  dans la terne contrée d'un froid sommeil 

      -qu'il m'affligeait, ce bandeau d'hiver!    ô prison de mes yeux!-

     

    car je t'envoie au-delà de ma vie

    la quiétude éveillée d'un rayon vert que j'ai cueilli dans la fraîche échancrure de l'aurore

    je t'envoie aussi la vérité neuve et pure d'un visage qui évince le sourire sournois des icônes

    je t'envoie le secret d'un temps  noble et bleu qui demeure      

    je célèbre     debout dans l'amoureuse patience de mon éternité

    l'exhaison vermeille des mots qui rient   doux foulard flottant au rythme de l'ample jour à venir           galop émerveillé d'une étincelle de bonheur 

     

    Pour toi mon ami

    j'allume l'infini

    sois tranquille    je veille sur notre lampe intérieure

    je l'ai posée  au chevet de notre coeur