souffle

  • Ne renonce pas

    Ne renonce pas.
    Sinon, dans quelle paume la mésange déposera-t-elle son chant ?
    Et les crépuscules, pour quel regard dérouleront-ils leur beau châle rouge ?
    As-tu songé aussi au poème qui t'attendra, fidèlement lové sur lui-même, à chaque aurore ?
    La fenêtre a besoin de ton visage pour embellir le paysage. 
    Les fleurs se fient à l'eau que tu verses.
    Le vent cherchera tes cheveux pour inventer sa musique.
    Et puis, il y a le silence que ton murmure berce si souvent lorsque l'heure est à la solitude.
    Quant à la note ultime de la future sonate, elle souhaite que tu la prolonges comme tu sais le faire. 
    N'as-tu pas le talent d'inviter l'astre à demeurer au bord de la paupière, juste un instant supplémentaire ?
    Les plantes grandissent pour que tu les recueilles dans ton tablier.
    L'azur derrière les arbres tremblera longtemps de froid si tu cesses de le dessiner.
    Chaque chambre se réchauffe à ta flamme
    Chaque force se puise dans ton souffle. 
    Sans tes pas, les chemins du possible ne s'écriront plus. 
    Et le monde espérera un temps déjà révolu.
    Ne renonce pas.

    Géraldine Andrée

    Un jour Un présent

  • Federico Garcia Lorca (en hommage au poète, assassiné dans un ancien "puits", à l'aube du 17 août 1936, tout près de la Fuente Grande que les Maures appelaient la Source aux Larmes).

    Tu chanteras toujours, Federico...

    Numériser0006
    Même si

    ton âme s'est glacée dans l'inconscience noire d'un puits,

    Même si

    tes yeux se sont fermés, noyés par les Larmes aveugles de la Source

    et que ta gorge a suffoqué sous la horde sauvage de la mitraille,

    Tu chanteras toujours Federico,

    le coeur intact, rempli de cette joie chaude, rouge et vibrante comme une grenade.

    Tu chanteras toujours l'ange soupirant qui se recueille dans la brume des monastères,

    le frisson nacré de l'aube qui dépose sa couronne de ciel sur les peupliers esseulés,

    le souffle mystérieux des fontaines au centre des villages,

    le bonheur bruissant du Vent qui caresse la chair tremblante de la Lumière.

    Les collines déploient pour toi le grain tendre d'une page infinie.

    La pluie, le sais-tu, danse tes madrigaux.

    Les rosiers célèbrent chaque jour les mots d'étoiles que tu as prononcés pour eux.

    Et les jeunes filles!...

    Les jeunes filles murmurent aux oliviers les vers qui s'envolèrent de la fenêtre de ton enfance.

    Tu chanteras toujours le poème clair des douleurs, Federico.

    La bouche de sang a encore des choses à nous dire. Sa brûlure irradie dans le Silence.

    Le coeur de sang comprend la liberté de l'azur, tant il a souffert pour elle.

    L'âme de sang connaît l'au-delà de la Vie qui demeure en toute poésie.

    Chante éternellement pour nous,

    du fond de l'inconscience noire et aveugle des puits, Federico!

  • VEILLEE DE L'AMANTE

     

    Numériser0004
    La pagode veille, bien seule...

    Le visage des lampes semble glacé;

    les joncs tissent l'âcre linceul

    d'une onde jaune et froissée... 

     

    Longue agonie grise.

    Entendez comme la bise

    effeuille le lilas des soupirs!

    Ecoutez le sanglot violet du songe!

     

    L'ombre de ce saule fluet 

    tristement s'allonge...

    Notre baiser? un fruit blet

    qu'immole une lame inconnue!

     

    Je bois la muette amertume

    d'un éclat de lune.

    Je cherche mais ne trouve plus

    le cri charnel d'une étoile nue...

     

    Ô veille lancinante, je t'en prie,

    dis à la pauvre amante

    de ce Temps perdu,

    étiolée dans ses rouges atours, 

     

    dis-lui pourquoi ses larmes d'amour 

    se sont doucement noyées

    dans l'obscure profondeur

                                      de mon coeur...