revelation

  • Ne renonce pas

    Ne renonce pas.
    Sinon, dans quelle paume la mésange déposera-t-elle son chant ?
    Et les crépuscules, pour quel regard dérouleront-ils leur beau châle rouge ?
    As-tu songé aussi au poème qui t'attendra, fidèlement lové sur lui-même, à chaque aurore ?
    La fenêtre a besoin de ton visage pour embellir le paysage. 
    Les fleurs se fient à l'eau que tu verses.
    Le vent cherchera tes cheveux pour inventer sa musique.
    Et puis, il y a le silence que ton murmure berce si souvent lorsque l'heure est à la solitude.
    Quant à la note ultime de la future sonate, elle souhaite que tu la prolonges comme tu sais le faire. 
    N'as-tu pas le talent d'inviter l'astre à demeurer au bord de la paupière, juste un instant supplémentaire ?
    Les plantes grandissent pour que tu les recueilles dans ton tablier.
    L'azur derrière les arbres tremblera longtemps de froid si tu cesses de le dessiner.
    Chaque chambre se réchauffe à ta flamme
    Chaque force se puise dans ton souffle. 
    Sans tes pas, les chemins du possible ne s'écriront plus. 
    Et le monde espérera un temps déjà révolu.
    Ne renonce pas.

    Géraldine Andrée

    Un jour Un présent

  • A jamais à présent

    Les perles de ta voix tintent dans la lumière

    Tes phrases entourent en n'importe quelle saison mon cou

    Il m'arrive au matin de confondre les rayons du soleil qui bordent le monde avec tes mèches une fois le voile levé

    Quand tu m'envoies dans le vent ce signe espiègle que je reconnais depuis l'enfance afin que je tourne ma tête vers l'essentiel

    je sais que tu déplies déjà la page du ciel et que tu vas m'en lire les conseils tout le jour

    Et si je songe à toi en disant A jamais

    tu me réponds en déposant une rose de ton souffle sur ma joue A présent

    Et si je prête l'oreille à tout ce qui se dit de toi et qu'on veut que je croie

    comme quoi tu t'es éteinte au printemps

    tu ris aux éclats dans la nuit de mes yeux

    et tu me fais présent d'un peu de silence

    pour que j'entende cette phrase brève

    qui s'exclame

    dans toute mon âme

    preuve de la force de ta flamme 

    C'est pourquoi

    je suis Feue !

    Géraldine Andrée

  • Les réveils de jadis

    Ah ! Les réveils de jadis !

    Les éclats de rire de l'eau sur les cailloux ;

    l'ombre dentelée de la feuille de vigne qui frémit dans ce rayon de jour paru aux interstices ;

    le bourdonnement de la première guêpe qui sèmera ses feux follets sur le bouquet lorsque mes paupières, ces pétales de mes yeux, seront bien écloses ;

    une voix d'enfant curieuse de l'autre côté ;

    un claquement de sandalette qui s'approche ;

    la porte ouverte dans la pénombre

    et cette phrase qui s'élance, telle une flamme vive :

    "Le petit déjeuner est prêt !"

    Vite !

    Les promenades à venir !

    Le ronronnement de la bicyclette sur le chemin !

    L'heure que l'on entend respirer comme si l'on venait de délacer un corsage !

    Mais déjà,

    la haute promesse du soleil

    mêlée au miel de la tasse,

    avant que la courbe de la route n'annonce

    la robe bleue

    de l'amie du voisinage! 

    Parfois, je rêve

    que je me réveille

    à l'époque de jadis,

    délivrée de mon âge.

     Géraldine Andrée 

  • Le tout petit chemin

    C'est un tout petit chemin

    que tu ne vois

    ni de près, ni de loin.

    Tu as beau le chercher sur la carte,

    sous la lampe du soir :

    Tu ne trouves pas

    le moindre trait noir.

     

    Tu peux monter à la fenêtre

    au-dessus du toit de l'auvent

    et regarder longtemps :

    tu ne vois pas

    le moindre fil d'argent

    ondulant là-bas,

    entre les arbres...

     

    Mais, lorsque tu renonces,

    que tu décides raisonnablement

    de t'étendre,

    de fermer les yeux

    dans la lumière blonde

    et de t'abandonner à la sieste

    de l'enfance,

     

    tu aperçois soudain

    le petit chemin

    venu

    des confins du monde

    qui court

    vivement

    à ta rencontre...

     

    Alors, dans ton rêve,

    ton âme se lève

    et s'avance,

    obéissant

    au secret détour

    par les courbes

    du petit chemin

     

    qui,

    comme une jeune fille,

    la guide 

    en se déhanchant

    à chaque

    éclat

    de rire.

     

    Combien de temps

    durera le voyage ?

    Tu l'ignores

    car les secondes

    de ce grand jour

    où tu apprends

    à être libre

     

    se comptent en nombre

    de pois de senteur

    qui roulent

    dans le vent,

    de fétus d'or,

    de pollens blancs

    que te souffle l'aurore.

     

    Tu te sens tellement

    en confiance

    que tu joues

    à poser la pointe

    de ton talon

    sur un caillou rond

    quand tu désires changer de pas.

     

    Nul risque

    que tu perdes l'équilibre,

    oh non,

    tant tu es décidée

    à vivre

    l'audace

    de cette promenade !

     

    Et tu sais

    que tu as atteint

    le bout

    du petit chemin

    lorsque tu te retournes

    et que tu vois

    le grand Tout,

     

    les montagnes, les collines,

    l'océan dans sa clarté argentine,

    y compris

    la lointaine fenêtre

    de l'auvent

    qui surplombe

    ta victoire,

     

    alors que ton ultime halte

    ne figure sur aucune carte

    d'état-major

    et qu'aucun point rouge

    ne l'entoure

    sous la lampe

    qui, vainement, se penche.

     

    A cela, je pense

    que le Créateur du monde

    a la réponse :

    C'est un tout petit chemin

    qui te mène

    si loin en toi-même

    que tu échappes

     

    à tous les regards...

     

    Géraldine Andrée

  • Le rêve

    La fenêtre est ouverte sur les premières étoiles.
    Le silence entre, tout parfumé d'avoir marché parmi les menthes.
    Comme le temps est tiède après le soleil !
    Déplier les draps qui fleurent bon la lavande après avoir séché dans la lumière crépitante.
    Qu'ils enveloppent le corps de leur onde douce
    et que le long de leur blanche rivière se dévide le souffle.
    Ôter de la peau les étoffes du jour, les étendre sur la chaise de chevet,
    puis s'allonger, déployer la corolle des cheveux sur la taie fraîche
    et, dans la nuit des paupières closes, quitter les illusions du réel.
    Mourir un peu en se laissant vivre,
    guidé par le rêve qui fait passer l'âme entre deux rives
    jusqu'à l'embouchure où, voile d'or, Elle se rendra visible
    pour l'Oeil qui veille depuis toujours sur tous les possibles.

    Géraldine Andrée

  • Le poème achevé

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    Quand j'achève
    mon poème,
    que je pose
    le dernier mot,

    il me semble
    que le poème
    me regarde
    avec insistance

    et que je retrouve
    un air d'enfance
    comme jadis,
    lorsque j'avais fini

    un dessin :
    pour voir
    s'il était beau,
    je le plaçais

    à distance,
    tout en haut
    de mon visage ;
    et c'étaient

    les fenêtres
    de la maison bancale,
    les feuilles,
    les fleurs,

    ce nuage
    qui voguait
    indifféremment
    dans le ciel

    qui me contemplaient,
    murmurant
    en silence :
    Nous sommes réussis

    si nous réussissons à voir
    dans ton regard
    le Grand Dessein
    qui nous a créés.

    Aujourd'hui,
    je pense
    que je faisais éclore
    dans mes dessins d'enfance

    des yeux
    pour retrouver
    mon âme
    à travers eux.

    C'est pourquoi
    je parle
    autant
    dans mes poèmes

    de fenêtres,
    de feuilles,
    de fleurs,
    de nuages :

    de tels mots
    sont des yeux ouverts
    où rentre enfin
    mon âme

    qui s'est éloignée
    jadis, - hélas! -
    de Sa Maison
    quand le Très Haut

    m'a priée
    de naître
    une nuit
    de juillet,

    pour faire partie
    de son grand dessin
    qu'il ne finit jamais
    de regarder de loin.

    Géraldine Andrée
    Le journal de mes songes 16
  • LUCIE

    On dit que Lucie est depuis toujours perdue dans sa nuit; c'est ce qu'on dit...

    Numériser0006

    Moi je sais que Lucie voit;

    elle est dotée de la puissance solaire d'un autre regard; conscience aiguë d'un absolu

     

    ses yeux dansent sur une musique éclose au-delà du chant éphémère de nos conversations

    ses yeux, lorqu'ils parlent à un visage qui nous est caché, se dévoilent comme d'étranges miroirs... Et c'est l'incarnation pure d'un éclat

    ses yeux brûlent d'une présence qui nous fait baisser les yeux; car leur humilité nous révèle une souveraineté immédiate, brutale et sacrée

     

    et toute la force du ciel se lit dans ces taies de silence; ces prunelles -étangs morts, vraiment?- pleurent un terrible bonheur; murmures inapaisés d'une source, ivresses vives d'un torrent 

     

    Lucie admire sans être éblouie les moires du jour

     

    elle capte -sans l'effaroucher- l'évanescence irisée d'un papillon

    elle peint, en se balançant sur sa chaise, la houle des cèdres dans le vent

    elle rêve, muette... alors elle entend respirer les couleurs

    et quand elle se berce toute seule, elle déroule le long tissu de cette lumière de soie

    si elle se blottit, c'est pour écouter le bruissement mouillé des aurores et le chuchotement un peu inquiet des soirs

    si elle semble s'éteindre davantage au milieu des gens, c'est pour cueillir l'étincelle dentelée de l'herbe et suivre la ride légère du sable

     

    Regardez bien Lucie: vous verrez

    que les gestes nobles de son âme recréent le monde

    son visage penché éclaire l'inconnu, souffle limpide d'une lampe déposée à la porte de notre attente

    Regardez bien Lucie: vous verrez

    le signe sublime de son iris accueillant comme une main

    et vos yeux seront dignes de la reconnaissance magique des êtres invisibles

     

    Moi je dis que Lucie

    nous désigne

    de ses doigts d'ange

    de ses doigts d'azur 

    l'âme constellée de la Nuit

     

    je le dis

    en nos coeurs 

    brille la bienveillante contemplation de Lucie

     

    Ô toi jeune amie 

    ne te lasse pas de nous enseigner ton infinie poésie

    que nous apprivoisions doucement le mystère de ton pays

    -que nous partagions cette floraison de rayons et de larmes

     

    sois l'éveilleuse de notre regard depuis trop longtemps enfoui

                         envoûtante

                         et si secrète Lucie!