regard

  • Je sais un pays

    Je sais un pays gorgé de fleurs et de fruits les matins de givre
    un pays dont le chemin de la source s'écoute sous la glace
    un pays qui sautille comme une aile sur le bout des doigts
    un pays qui choisit tous ses enfants pour unique prophète
    un pays sans pancarte mais qui s'épelle dans un rêve éveillé
    un pays à l'éternel midi
    un pays distant d'un seul instant correspondant à l'ébauche d'un sourire
    un pays qui ne se cherche pas puisqu'il se sait par coeur
    Il te suffit de l'accueillir comme si tu en étais la soeur
    un pays qui par le bercement de ses soleils à chaque enjambement te donne la folle raison de vivre
    un pays pour lequel la destination t'invite à revenir au souffle initial
    un pays dont les étoiles remontent la liqueur des nuits lorsque tu te lèves devant ton miroir avec des mots dignes du jour
    un pays où note et éclat se précèdent tour à tour
    un pays qui te lègue sa langue par simple consentement au silence
    un pays de mystères et de patients détours
    pour que tu confondes à l'heure décisive voix et lueurs
    un pays qui déborde de la terre comme le regard d'un peintre invisible
    un pays destiné à faire fleurir les pierres sous tes pas
    un pays qui rend imminente la prochaine aurore
    Ce pays est absent de toutes les cartes d'état-major
    mais il se repère dans l'iris d'un chat le reflet de l'aigue-marine l'étincelle du mica l'épine argentée du chardon l'alphabet des fougères la frêle racine de l'aubépine
    qu'un pied léger devine
    le grain minime
    à l'origine
    de la promenade sur la feuille nouvelle
    Ce pays Marie
    qui demeurera après nos vies
    pour qu'on y renaisse tant de fois encore
    sans un cri
    avec juste un signe
    comme annonciation
    c'est la Poésie

    Géraldine Andrée

    Tous droits réservés@2017

  • Les oiseaux sauvages

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    A l'heure
    s'allument 
    les lampes
    dans les chambres,
    les oiseaux
    sauvages
    des étangs
    et des lacs
    se rassemblent.
    Ils battent
    des ailes
    à fleur
    de terre
    avec de telles 
    saccades
    qu'il semble
    que c'est tout l'air
    qui tremble.
    Leurs cris
    transpercent
    le silence
    du soir.
    Bientôt 
    leurs nuées
    recouvriront
    les brumes
    et le visage
    blême
    de la lune.

     

    C'est éternellement
    ainsi
    depuis la fin août
    ou le début
    du mois 
    de septembre,
    de saison
    en saison,
    de siècle
    en siècle,
    de génération
    en génération.
    Une enfant
    est née
    de feue Marie
    et elle-même
    a donné naissance
    à une petite fille
    bientôt mère
    elle aussi.
    Les noms
    changent ;
    des regards 
    s'éteignent,
    d'autres s'allument
    mais à chaque 
    automne,
    les oiseaux 
    sauvages
    se donnent
    rendez-vous
    au bord
    des eaux rousses.
    Nul ne s'en étonne.

     

    Depuis toujours,
    du temps même
    de Charlemagne,
    d'Anne Boleyn,
    de Louis Quatorze,
    de Bonaparte,
    à l'heure
    s'éclairent
    les maisons,
    les oiseaux
    sauvages
    préparent
    leur voyage.
    Ils voleront 
    ensemble
    mais seuls
    dans la nuit
    dont ils connaissent
    par coeur
    et par un secret
    qui est le leur
    la lueur
    profonde.

     

    Pendant
    que nous dormirons,
    ils s'élanceront
    au-dessus
    de nos toits
    à la conquête
    du ciel
    d'un autre monde.
    C'est pour nous
    tous
    le présage
    des pluies,
    des neiges,
    des nuits 
    longues.
    Les oiseaux
    sauvages
    bien sûr
    reviendront.
    De leurs battements
    d'ailes,
    ils annonceront
    la lumière
    des moissons.
    Ils seront
    les mêmes
    et cependant
    différents.

     

    Pour l'heure,
    ils se préparent
    à s'élever
    dans le soir,
    vers la destination
    de l'Orient,
    de l'Afrique noire.
    Les regarder
    monter,
    c'est se préparer
    à son passage,
    à la destinée
    de son propre
    voyage,
    c'est se quitter
    un peu soi.
    Les oiseaux
    sauvages
    des étangs
    et des lacs
    nous ressemblent.

     

    Ils ont la force
    de défier
    les distances,
    de fendre
    avec leur corps
    les nuages,
    les vents,
    les dépressions
    pour rejoindre
    l'éclat
    du soleil
    qui les attend,
    les toits
    des demeures
    embrasées
    dans l'aurore,
    les terrasses
    blanches,
    eux qui sont 
    pourtant
    de couleur
    cendre...

    Poème

    Géraldine Andrée

    Musique :

    Mike Oldfield 

    The songs of distant earth


     

  • Carte postale du silence

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    Je ne suis pas revenue du silence

    C'est un pays immense si tu savais et si beau

    Tu y écoutes chanter les sources à fleur de terre et s'allumer aux cimes les notes des oiseaux

    Jamais ne s'achève la découverte des murmures qu'il cache au creux de ses mille détours

    Tu peux sautiller d'éclat en éclat

    courir tellement loin que tu entends cavaler le vif-argent de ton souffle longtemps après que tu as fait halte

    allonger les distances jusqu'à l'astre prochain

    ou t'apaiser le front au soleil

    tandis que bruit dans ton rêve le cours de plus en plus doux de ton sang

    et que des ailes d'insectes vibrent à ton oreille

    C'est un pays d'éternelles vacances

    Je ne suis pas revenue du silence

    Géraldine Andrée

    Tous droits réservés

  • Ultime

    Profite
    encore
    un peu
    du soir

    quand
    les feuilles
    bleues
    du silence

    se mélangent
    et respirent
    si fort
    ensemble

    que tu es encline
    à croire
    que c'est
    ton souffle

    qui enveloppe
    le monde
    tandis
    que la buée

    qu'exhalent
    les lèvres
    ouvertes
    de la lune

    dans la nuit
    efface
    de ta mémoire
    tous les signes

     Géraldine Andrée

    Tous droits réservés @2017

  • Un petit coin de jardin

    Donnez-moi,
    mon Dieu,

    où je suis,
    un petit coin
    de jardin

    pour étendre
    au soleil
    ma lessive
    lavée
    au savon
    de Marseille,

    pour cueillir
    les mirabelles
    de Lorraine
    quand la rosée
    tremble
    encore,

    pour inviter
    des amis
    à des goûters
    qui ressemblent
    aux dînettes
    de l'enfance,

    pour m'asseoir
    sur le banc
    doré,
    les cheveux
    mouillés
    par le bain,

    pour regarder
    la chatte
    qui passe
    sa langue
    rose
    sur ses pattes,

    les fourmis
    rouges
    qui s'échappent
    du caillou
    soulevé
    à mes pieds

    et l'orvet,
    ce collier
    argenté,
    qui luit
    à l'échancrure
    du sentier.

    Donnez-moi
    un petit coin
    de jardin
    pour offrir
    aux feuilles
    exilées

    de l'été
    la demeure
    intime
    de mon cahier
    et peindre
    par les mots

    la lumière
    ultime
    de la saison,
    les prunes
    ouvertes
    sur l'herbe,

    les taches
    qui naissent
    et doucement
    décomposent
    les corolles
    des roses.

    Donnez-moi
    un petit coin
    de jardin,
    pour que je sois
    le témoin
    de tout

    ce qui vit,
    meurt
    et se transforme,
    un petit pays
    de Poésie
    dans le silence
    du cosmos.

    Géraldine Andrée

    Tous droits réservés

  • Le regain

    Il est toujours
    un regain
    à la fin
    des beaux jours :

    comme les joues
    d'un mourant
    qui s'anime
    quelques instants,

    les roses 
    se font rouges,
    les feuilles
    plus vives

    et malgré 
    les ombres
    qui entourent
    les corolles

    comme des cernes
    mauves,
    on discerne
    encore

    le battement
    d'une lueur,
    le crépitement
    d'une aile

    et il semble
    que les hautes
    notes
    des oiseaux

    emportent
    le souffle
    du jardin
    jusqu'aux cimes.

    A la fin
    des beaux jours,
    il est toujours
    un regain

    qui rend
    si doux
    le sourire 
    ultime.

    Géraldine Andrée

    Extrait du Journal de la Lumière

  • Le petit flacon rouge

    Je me suis parfumée
    ce matin
    avec les senteurs
    des vacances

    que contient
    ce petit flacon
    rouge
    acheté

    au marché
    du rivage
    à l'heure
    d'or

    où la dentelle
    de la lumière
    enveloppait
    mes épaules.

    Et j'ai vaporisé
    à l'échancrure
    puis à la lisière
    de ma chevelure

    les souvenirs
    des gouttes
    sur les galets
    bruns,

    les réminiscences
    des éclaboussures
    à fleur
    de roche,

    les larmes
    nées des grains
    de sable 
    et de sel

    jetés
    par le vent
    espiègle
    dans mes yeux,

    et le murmure
    des mots
    qui franchissait
    la rambarde

    de la terrasse
    pour déposer
    sa vague
    sur la blanche

    plage
    de ma page.
    Je me suis parfumée
    avec les senteurs

    de tout
    ce qui n'est
    plus aujourd'hui
    et qui renaît

    cependant
    au creux secret
    de mon cou
    en ce jour,

    juste
    le temps
    que je débouche
    le petit flacon rouge.

    Géraldine Andrée

  • Les cent choses que j'aime

    J'aime

     

    les arbres en fleur
    le chat noir qui dort sur la fenêtre en face
    le thé chaud à la cannelle
    l'odeur des oranges le matin
    la musique classique pendant la lecture
    le jus vermeil de la grenade
    les parfums des jardins mouillés
    l'encre bleue sur la page commencée
    le carillon de huit heures que je confonds avec un rêve
    l'étoile du Nord par le vasistas

     

    la constellation de la rosée sur les lilas
    le sucre roux que l'on saupoudre sur les crêpes de la Chandeleur
    le crissement des feuilles mortes sous les bottes
    le cornet gras de chouquettes entre les doigts avant le film
    la noix qui s'ouvre en craquant
    la pluie qui tombe dans la nuit
    la brume qui se lève prometteuse du bleu des cimes
    l'eau dans les paumes jointes un après-midi d'août en Andalousie
    le murmure de la fontaine derrière les arbres
    la couronne d'un soleil crépusculaire sur une croix dressée au bord d'un chemin flamand

     

    la théière chinoise de ma tante aujourd'hui décédée
    le givre sur lequel l'ongle peut écrire
    les parfums de la roseraie au tout début de juin
    une cuillerée de miel les jours de toux
    les yeux de l'animal sauvage qui fixent l'âme à travers les feuilles
    le rire du rideau de perles quand Julia paraît pour servir le client dans son épicerie sicilienne
    la voix de Julia qui éclate en mille étincelles sonores alors que l'on boit une courte tasse de son café fort
    la vague qu'un tremblement de l'azur annonce
    la lumière de cinq heures qui vacille doucement dans un canal de Bruges
    les pétales d'or du maïs grillé sur les braseros les soirs d'été au bord de la Mer Noire

     

    les prunes un peu ouvertes dans l'herbe
    au bout du doigt, la confiture encore chaude de reines-claudes
    l'île d'or de la lampe sur mon livre
    l'éclair bleu des mésanges dans le parc au petit matin
    le sable qui glisse dans mes sandales
    quelques gouttes en plein hiver du parfum Very Irresistible de Givenchy que j'ai acheté lors de mes vacances d'août à Majorque
    la collerette en chocolat de la religieuse
    mes chaussures neuves qui claquent au soleil 
    entendre sonner les cloches quand je passe sous la voûte de la cathédrale (leur écho heurtant la pierre m'envahit toute entière et me fait Résonance)
    un pain aux raisins artisanal mangé dans la rue les jours de marché

     

    le moment bleu, quand le jour s'affirme encore avant la nuit
    un concert de mon groupe préféré, Idan Raichel Project, sous les étoiles
    la stridulation des cigales lorsqu'on s'approche du Sud
    la mer qui bat derrière les pins parasols
    un air andalou quelque part à fleur de sommeil
    une toile d'araignée couverte de givre et qui brille dans le soleil
    entendre arriver l'ami derrière la porte encore close
    remonter l'horloge de mon grand-père
    porter à nouveau mon collier de perles que j'ai acheté au petit marché roumain, juste en face de l'hôtel, il y a dix ans, et qui me va comme un gant
    lire l'Anthologie complète de la Poésie chinoise en Pléiade quand il pleut

     

    fermer les yeux au soleil et voir derrière mes paupières une nuit d'or
    marcher sur les pierres baignées par l'eau des fleurs
    voir le jour d'été à travers les rais des persiennes quand je me lève
    écrire un poème qui vient à ma rencontre sans que je m'y attende
    entendre crisser pour l'apéritif le cornet de noix de cajou
    écouter Debussy quand l'orage tiède de juin s'annonce
    relire les vieux cahiers de mon adolescence et me demander si je suis restée la même sans obtenir de réponse
    voir un chat sortir d'une haie
    passer devant le pommier toujours bien rose au printemps
    imaginer que je vais prendre le premier train demain pour le Midi

     


    m'apercevoir que j'ai réalisé mon rêve écrit sur tant de pages : j'ai pris le premier train du matin qui part pour le Midi et le soleil touche mon épaule par la vitre
    suivre la lumière qu'emporte la rivière
    écouter cette note d'oiseau accrochée au bleu du soir
    manger une tartine dans les sous-bois
    enjamber un pont parmi les fleurs
    me pencher sur ce nénuphar qui frémit sous le rire de la fontaine du jardin de Godron
    croquer dans le coeur d'une pomme
    voir se délier au cours de la sieste un nuage blanc de beau temps
    garder un instant sur la prunelle l'éclat d'un papillon que j'ai croisé
    observer en silence tous les insectes et toutes les étincelles qui habitent l'herbe

     


    le reflet de la ville dans le verre de limonade
    la lueur d'une abeille qui traverse l'ombre du marronnier
    du vin rouge avec du fromage
    les poésies d'Emily Dickinson
    le virage qui révèle doucement le paysage
    le ciel rose du soir au-dessus des toits
    l'église derrière le chant de jonquilles
    les pétales de pissenlit dispersés par mon souffle dans le vent
    le murmure des feuilles partagé en silence avec une inconnue assise sur le même banc
    la roue multicolore du paon

     

    les variétés de verts quand l'arbre frémit sous le vent
    la lampe de l'ami qui brille au coeur du soir
    enfoncer mon index dans la mie tiède
    dessiner un autre alphabet sur le sable
    écouter bourdonner le sang de l'océan dans un coquillage
    manger la glace avant que son carmin ne tache mes doigts
    glisser mon carnet intime dans un panier d'osier, à côté de la serviette, de la bouteille d'eau et du goûter
    lire un livre à l'improviste sur une pierre ou une margelle
    voir le soleil aborder le balcon (enfin !)
    un papillon blanc qui monte jusqu'à mes yeux

     

     

    avoir les poches pleines de bonbons enveloppés dans du papier chantant 
    regarder briller la petite rivière La Griselle entre les arbres
    sentir mon coeur battre pendant que j'écris : rythme du sang et rythme de l'encre, même chose
    me promener sur l'odorant sentier après l'orage
    retrouver une feuille de la belle saison précédente dans la neige
    écouter les notes de pluie qui tombe sur les tuiles
    me pencher sur le lac où la forêt mire ses cheveux roux 
    téléphoner à ma meilleure amie, le dimanche, quand il fait silence
    être accueillie par un rayon de lune quand je rentre tard
    transformer chaque défi et chaque épreuve en poème

     

    Parfois, je ne peux pas mettre de complément au verbe J'aime.
    Je peux dire, bien sûr, que j'aime un beau tableau, un beau paysage, un beau poème, un beau bouquet de fleurs, une belle âme, la mer, la lumière...
    Mais j'aime dire souvent
    J'aime

    sans complément,

    vaste mer de lumière
    qu'est ce verbe
    qui s'adresse à tous les tableaux, les paysages, les poèmes, les bouquets du monde
    et les embrasse dans le bleu de l'aube
    pour en faire une seule
    et belle âme.

     

    Géraldine Andrée

  • Originel

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    Il n'est
    ni de première,
    ni de dernière
    vague dans la lumière.
     
    Il est
    un souffle
    unique
    qui se déploie
     
    et nous inonde,
    venu
    de la gorge profonde
    du monde.

    Géraldine Andrée
     
    Photographie : amicalement envoyée par Martine Madelaine Richard
    http:// martinemrichard.fr/blog/
    tous droits réservés
    La baie d'Arcachon
  • Le petit port

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    Comme il doit vivre, le petit port, en ton absence ! 
    Songe : 
    songe au ventre des bateaux que le souffle de l'eau soulève,
    aux éclats de rire derrière les volets bleus,
    à l'accent qui ouvre sa corolle à la fin des phrases,
    au reflet du temps dans les verres de vin d'or,
    à la lumière versée sur les terrasses...
    à ces chaises sur le seuil, contemplation sans regard de l'azur - on est allé dans l'ombre fraîche de l'épicerie, là-bas, servir quelqu'un qui est entré par hasard ; on reviendra s'asseoir plus tard...
    Et ces écailles qui se détachent doucement sous la lame comme des perles d'argent ?
    Et cette vague qui se brise à chaque instant comme une voix à fleur de peau ?
    Cette porte-fenêtre qui bat toute seule ?
    Y songes-tu ?
    Songe encore
    à la rumeur, au murmure
    de la mer, là, tout au bord,
    à la respiration continue
    du petit port
    alors que, peut-être,
    tu n'y reviendras plus
    en cette vie...

    Géraldine Andrée