recherche

  • Carte postale du silence

    Numériser0001.jpg

    Je ne suis pas revenue du silence

    C'est un pays immense si tu savais et si beau

    Tu y écoutes chanter les sources à fleur de terre et s'allumer aux cimes les notes des oiseaux

    Jamais ne s'achève la découverte des murmures qu'il cache au creux de ses mille détours

    Tu peux sautiller d'éclat en éclat

    courir tellement loin que tu entends cavaler le vif-argent de ton souffle longtemps après que tu as fait halte

    allonger les distances jusqu'à l'astre prochain

    ou t'apaiser le front au soleil

    tandis que bruit dans ton rêve le cours de plus en plus doux de ton sang

    et que des ailes d'insectes vibrent à ton oreille

    C'est un pays d'éternelles vacances

    Je ne suis pas revenue du silence

    Géraldine Andrée

    Tous droits réservés

  • AVIDITE

    Numériser0004

    Tu me demandes, mon ami, où demeure le poète...

    Dois-tu suivre l'invisible sentier des senteurs et le souffle ivre des saisons orangées?

    Dois-tu tendre davantage l'oreille à l'aile discrète des voix, te laisser porter par la bienveillance intime des brises?

    Tu me demandes, mon ami, si tu sauras reconnaître la maison du poète: l'auvent bruit-il du rire des désirs? Le platane mêle-t-il sa joie envoûtante aux voluptés évanescentes du coeur? Le perron résonne-t-il de cette danse taquine que sèment mille verbes? Le jardin berce-t-il les fleurs rutilantes de l'avenir?  La fontaine chante-t-elle vraiment le songe profond des âges? Le toit allume-t-il de son éclat tranquille la mémoire annoncée des possibles, la beauté oraculaire des folies?

    Et si je te disais, mon ami, que la maison du poète est un pauvre abri de terre craquelée, traversé par le mystère hâlé des vents et par la plainte pantelante de feuilles déchirées...?

    Et si je te disais, mon ami, qu'il te faut peut-être rencontrer le regard abîmé des miroirs, l'étrange fêlure de tes illusions, le lancinant ruissellement de tous ces nuages intérieurs...?

    Et si je te répondais, mon ami, que la vérité du poème s'échappe des lèvres cyanosées de la nuit?... Oui, elle s'épanche tel le sang d'une corolle gercée! le cri muet de son sens se dérobe à chaque pas et laisse la voix démunie, aride, errante! âcre fatigue de l'âme échevelée dans une course solitaire! vision sans fin d'un monde fourbu, soumis et écartelé...

    Je te le déclare, mon ami: la demeure du poète étincelle dans la souffrance; le long de la crinière sombre des halètements jaillit alors la jeunesse violente, splendide et primale d'un souffle venu d'ailleurs...

    Laisse le voile tremblant de l'humilité apaiser la fièvre insolente de ton avidité:

    Tu sauras combien la force neuve du poète grandit dans l'acceptation de la faiblesse.

    Tu aimeras ainsi cette étreinte légère, cette valse d'enfance sublime et reconquise 

                  avec la tige enjouée du Mot.