intime

  • L'éclat supplémentaire

    La lumière

    ne se contente pas

    de son propre éclat

     

    Elle fait briller

    les pétales des chemins

    les pissenlits les crocus

     

    les premiers pollens

    exhalés des lèvres

    invisibles de la brise

     

    les pierres les souches

    la trace blanche d'un avion

    dans le ciel du dimanche

     

    les grilles de fer forgé

    les branches rousses

    du dernier hiver

     

    et surtout

    les jambes

    de cette jeune fille

     

    en fauteuil

    qui prend sa part

    de jour et de joie

     

    pendant que sa mère

    la pousse

    là-bas

     

    vers les feuilles

    du tremble

    La lumière

     

    comme l'eau

    accepte Tout

    dans son flot

     

    Et je sais

    que si je promène

    mon regard

     

    sur le monde

    qui m'entoure

    au-delà

     

    des frontières

    des divisions

    des jugements

     

    je ne me contente plus

    d'être moi-même

    Comme un grand miroir

     

    j'accueille

    la lumière

    en mon centre

     

    et je lui ajoute

    un éclat de rire

    supplémentaire

     

    Géraldine Andrée

    @Tous droits réservés 2017

  • LETTRE A MA VIE

    Numériser0006
    Je t'écrirai peu avant la tombée de la nuit

    dans l'indéfinie tiédeur

    de cette heure qui se balance

    comme un berceau étrange  

     

    Je t'écrirai les premiers rires d'étoiles fécondés par les larmes

    l'égrènement du collier de la brise sur l'eau

    les ombres grêles de la saulaie qui frissonne comme un drap de rêverie

    et la trace à-demi effacée d'un doigt de lumière

     

    Ce sera l'infime vertige d'une aile de luciole     un discret halo       une étincelle déjà presque éteinte    la soie lentement froissée du ciel     le grelottant sanglot d'une note

    à peine une complainte peut-être l'indicible brisure d'une chanson?

    un sourire triste qui repose dans la corbeille de la lune

     

    pas d'obsédante blessure   pas d'âcre morsure!

    non au temps obscur du drame  -non à l'âpre mémoire que signe le sang!

    Ce ne sera rien         seulement la griffe de velours du soir

    qui m'évoque un très lointain baiser déposé sur mes pleurs

     

    et la mystérieuse lueur d'une prunelle d'azur

    qui respire comme une ondée de murmures

    et derrière la feuille le brin d'herbe le reflet

    la merveille éphémère d'un feu follet

     

    Ô ma vie! Infinie lecture de toutes mes pensées!

    La veillée de mes mots tremble et te regarde:

    c'est la parole enfouie de mon coeur

    qui bruit de tous ces choeurs amis...

     

    Je t'écrirai peu avant la tombée de la nuit