hommage

  • A jamais à présent

    Les perles de ta voix tintent dans la lumière

    Tes phrases entourent en n'importe quelle saison mon cou

    Il m'arrive au matin de confondre les rayons du soleil qui bordent le monde avec tes mèches une fois le voile levé

    Quand tu m'envoies dans le vent ce signe espiègle que je reconnais depuis l'enfance afin que je tourne ma tête vers l'essentiel

    je sais que tu déplies déjà la page du ciel et que tu vas m'en lire les conseils tout le jour

    Et si je songe à toi en disant A jamais

    tu me réponds en déposant une rose de ton souffle sur ma joue A présent

    Et si je prête l'oreille à tout ce qui se dit de toi et qu'on veut que je croie

    comme quoi tu t'es éteinte au printemps

    tu ris aux éclats dans la nuit de mes yeux

    et tu me fais présent d'un peu de silence

    pour que j'entende cette phrase brève

    qui s'exclame

    dans toute mon âme

    preuve de la force de ta flamme 

    C'est pourquoi

    je suis Feue !

    Géraldine Andrée

  • Voix pour un cahier 64: IL

     

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    On disait 
    que personne ne le connaissait 
    et n'avait songé à le connaître
    Mais je vous le dis
     
    Il conversait avec les sources cachées
    le souffle des feuilles
    l'eau qui court sur les cailloux
    le bourdonnement du jour
     
    les cloches de l'après chagrin
    les oiseaux revenus
    les rires que délie la brise
    le murmure des amants dans le matin
     
     Il était l'ami intime des voix
     C'est pourquoi
    toutes 
    et tous
     
    murmures rires oiseaux cloches 
    bourdonnements eaux souffles 
     reconnaissaient sa parole 
    comme la source des sources
     
    Je pense aujourd'hui
    que l'éternité 
     se tait 
    pour l'écouter
     
    Geraldine
     
    Portrait de Van Gogh par lui-même

     

  • Voix pour un cahier 51

    Tu dis que tu ne sais pas écrire -ou si peu!

    Pourtant, quand tu étends les draps dans le jardin, enlèves la poussière sur les feuilles des plantes, ôtes les fils des haricots, déplies la nappe, fleuris le vase, disposes les couverts, nous invites d'un geste dans la salle à manger, fais éclore entre tes mains 

    la main du dernier né,

    tu écris la lumière.

    Geraldine    

  • Voix pour un cahier 38: rue Nicolet

     

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    Dans la maison de la rue Nicolet, une voix s'éveille tôt, même en hiver. Le souffle d'Arthur fleurit à la fenêtre.

    Lorsque l'eau de la toilette coule, une chanson traverse le temps. Et quand Maureen dresse la table, sa jupe danse comme l'air du jardin.

    La casserole sautille sur le feu dans un rire d'enfant.

    Un rayon de soleil éclôt -une main écarte la dentelle et cueille le frisson d'une aile qui attendait patiemment que renaisse la lumière.

    Il est tant d'instants de grâce, rue Nicolet.

    Moi seule sais pourquoi, mais je ne dirai rien aux curieux qui passent.

    Je veux simplement chuchoter près de ton coeur que, si la voix de la Vie s'éveille comme hier, si le moment de la flétrissure s'éloigne un peu plus,   

    c'est parce qu'on ouvre très tôt chaque jour le cahier de tes derniers poèmes

    dont les vers déposent

    des pétales de roses

    sur l'âme ancienne 

    des choses

    Geraldine 

  • BIEN A VOUS...

                Numériser0005
    Dans le coeur battant et vibrant de vos livres,

    j'ai lu

     

              des vers étincelants comme la folle résonance de cent soleils,      

             des rimes bouleversantes -scandant l'attente suppliciée du ciel...-,

            des mots filants comme le secret tressé des nuits, 

            des éblouissements de départs et de retours sur la harpe neuve du Vertige

     

           j'y ai lu aussi la chair violente de vos rêves, 

         l'enfance vermeille que sécrétait le rythme émerveillé d'un Temps -d'une Heure insolite- vous appartenant,

         l'ondoyante fête de l'instant ,

      l'étonnement vert du bonheur qui parfois murmurait sous votre paupière, 

      le questionnement radieux mais solitaire de la Mémoire...

        et cet éclair! -cri aurifère du vrai Désir!

     

    Oui, j'ai lu tout cela! et bien plus encore!...

    Je me suis blessée au rayon grisé de votre rire d'ange,

    j'ai écouté l'incandescente prière de votre voix;

    j'ai contemplé l'éclatante ivresse de votre inspiration; 

    je me suis soumise à l'exigeante pureté de vos poèmes météoriques... 

    afin que ceux-ci ne volent pas trop loin! qu'ils demeurent entre vous et moi! 

                 me comprenez-vous? 

     

    et j'ai glissé   silencieuse   dans l'abîme brûlant que sondait jadis votre plume désemparée     

    j'ai vacillé devant tant d'âpres beautés           prête à me renier  

    je voudrais feuilleter aujourd'hui tous les azurs du Possible pour vous retrouver      

    et me noyer dans cette encre de sang              disparaître à jamais dans le bel infini circonscrit de votre Amour      

    que l'humus fécond sous lequel suffoquaient vos souffrances m'ensevelisse! 

     

    Alors, cueillerais-je peut-être la racine splendide des étoiles?

    Boirais-je le suc palpitant des jours immortels? 

    Offrez-moi, je vous prie, les gemmes de votre soif suppliante!

    Délectez-moi de votre faim! 

    Que j'épouse enfin votre rutilante Eternité!

           Vous reviendrez, n'est-ce pas, vous reviendrez?

  • L'HEROINE

            Numériser0004
          

                

                Elle est si fluette, Elena... La silhouette d'Elena est si frêle... Les souffles aigres du nord semblent la traverser. Quand elle apparaît en haut de la colline, un suaire de ciel l'enveloppe. Alors elle devient un halo de neige, une mèche de vent mouillé, un éclat de soie flétrie;          

                 à l'horizon ensevelie. 

                Peut-être est-elle la petite soeur d'un nuage... Telle une ombre elle glisse alors sur les lignes du temps... Sans doute son destin s'étiolera-t-il comme le chuchotement éphémère d'une lueur...  

                Qui es-tu, Elena?

     le crépitement d'un météore dont l'âme brille encore dans la vague de l'espace avant de s'éteindre à jamais?

    les bords humbles d'une feuille que déchirent doucement les ongles rouillés d'octobre?

    la promesse d'une goutte d'azur qui roule lentement et se tarit pourtant?

             L'existence ne la prend guère au sérieux, Elena... Qu'elle vienne ou qu'elle parte; peu importe! Son coeur s'évanouit dans le refrain monotone des autres. Ses mots grelottent dans un soupir étouffé. Pour le monde, sa parole ne crée aucune vérité.

            Elle n'est certainement pas comme nous, Elena. Ici-bas, la voix doit résonner comme un écho jailli du plus profond des gouffres. Le corps doit prendre de l'épaisseur; il faut que la fougue du sang coure sous la chair et  que les pieds foulent le sol avec une obscure témérité. C'est ainsi qu'on laisse sa trace!

            Mais le poète l'affirme: 

            Elena vit! Elle vit à sa manière et demeure!

    Sa voix est un minuscule insecte d'or qui nourrit la braise de l'univers             son corps qui possède la grâce troublante d'un lis de lumière pénètre tous les interstices du Secret          son sang palpite à la lisière rouge de l'Amour car sa chair épouse le délice des poèmes à peine murmurés      ses pieds apprivoisent l'énigme des pierres comme ses mots habitent l'abandon des silences!

    Ses cheveux  tendres racines à fleur de ciel  apaisent l'ineffable vertige de la terre!

    L'envoûtement muet de ses mains efface les arabesques effrayantes de la nuit!

           Oui, le poète le crie, le poète le clame:

           Que plus personne, désormais, ne se moque d'Elena! Elena va et vit loin; bien plus loin que nous qui ne savons pas...

           C'est dans la sauvage ignorance des autres qu'Elena se reconnaît telle qu'elle est;  et son âme refusée se nomme enfin:

           Héroïne discrète et immortelle

           qui éclaire un invisible chemin.

  • Federico Garcia Lorca (en hommage au poète, assassiné dans un ancien "puits", à l'aube du 17 août 1936, tout près de la Fuente Grande que les Maures appelaient la Source aux Larmes).

    Tu chanteras toujours, Federico...

    Numériser0006
    Même si

    ton âme s'est glacée dans l'inconscience noire d'un puits,

    Même si

    tes yeux se sont fermés, noyés par les Larmes aveugles de la Source

    et que ta gorge a suffoqué sous la horde sauvage de la mitraille,

    Tu chanteras toujours Federico,

    le coeur intact, rempli de cette joie chaude, rouge et vibrante comme une grenade.

    Tu chanteras toujours l'ange soupirant qui se recueille dans la brume des monastères,

    le frisson nacré de l'aube qui dépose sa couronne de ciel sur les peupliers esseulés,

    le souffle mystérieux des fontaines au centre des villages,

    le bonheur bruissant du Vent qui caresse la chair tremblante de la Lumière.

    Les collines déploient pour toi le grain tendre d'une page infinie.

    La pluie, le sais-tu, danse tes madrigaux.

    Les rosiers célèbrent chaque jour les mots d'étoiles que tu as prononcés pour eux.

    Et les jeunes filles!...

    Les jeunes filles murmurent aux oliviers les vers qui s'envolèrent de la fenêtre de ton enfance.

    Tu chanteras toujours le poème clair des douleurs, Federico.

    La bouche de sang a encore des choses à nous dire. Sa brûlure irradie dans le Silence.

    Le coeur de sang comprend la liberté de l'azur, tant il a souffert pour elle.

    L'âme de sang connaît l'au-delà de la Vie qui demeure en toute poésie.

    Chante éternellement pour nous,

    du fond de l'inconscience noire et aveugle des puits, Federico!