bonheur

  • Je sais un pays

    Je sais un pays gorgé de fleurs et de fruits les matins de givre
    un pays dont le chemin de la source s'écoute sous la glace
    un pays qui sautille comme une aile sur le bout des doigts
    un pays qui choisit tous ses enfants pour unique prophète
    un pays sans pancarte mais qui s'épelle dans un rêve éveillé
    un pays à l'éternel midi
    un pays distant d'un seul instant correspondant à l'ébauche d'un sourire
    un pays qui ne se cherche pas puisqu'il se sait par coeur
    Il te suffit de l'accueillir comme si tu en étais la soeur
    un pays qui par le bercement de ses soleils à chaque enjambement te donne la folle raison de vivre
    un pays pour lequel la destination t'invite à revenir au souffle initial
    un pays dont les étoiles remontent la liqueur des nuits lorsque tu te lèves devant ton miroir avec des mots dignes du jour
    un pays où note et éclat se précèdent tour à tour
    un pays qui te lègue sa langue par simple consentement au silence
    un pays de mystères et de patients détours
    pour que tu confondes à l'heure décisive voix et lueurs
    un pays qui déborde de la terre comme le regard d'un peintre invisible
    un pays destiné à faire fleurir les pierres sous tes pas
    un pays qui rend imminente la prochaine aurore
    Ce pays est absent de toutes les cartes d'état-major
    mais il se repère dans l'iris d'un chat le reflet de l'aigue-marine l'étincelle du mica l'épine argentée du chardon l'alphabet des fougères la frêle racine de l'aubépine
    qu'un pied léger devine
    le grain minime
    à l'origine
    de la promenade sur la feuille nouvelle
    Ce pays Marie
    qui demeurera après nos vies
    pour qu'on y renaisse tant de fois encore
    sans un cri
    avec juste un signe
    comme annonciation
    c'est la Poésie

    Géraldine Andrée

    Tous droits réservés@2017

  • Merci;

    merci pour la rosée sur le trèfle en bouquet;
    merci pour le chardon constellé de givre;
    merci pour le chant qui traverse la chambre;
    merci pour l'étoile du Nord au bout du doigt;
    merci pour le lait versé dans le noir;
    merci pour le pain blond et le gâteau levé;
    merci pour le papillon qui nargue la flamme de la bougie;
    merci pour la chaudière qui ronronne au coeur de l'hiver;
    merci pour les éclats d'amandes après le chagrin;
    merci pour la première page;
    merci pour le livre qui se referme;
    merci pour la main fidèle au-delà du sommeil;
    merci pour la conversation au soleil;
    merci pour les bruits d'ailes du silence;
    merci pour l'amitié d'Alan;
    merci pour le prochain qui ne s'est pas encore annoncé;
    merci pour ces questions sans réponse qui enfantent des poèmes;
    merci pour tous ces petits riens
    qui coûtent trois fois rien
    et qui font Tout
    quand on croit que la Vie
    ne compte plus du tout.

    Géraldine Andrée

    Tous droits d'auteur réservés

  • TRAVERSEE

    Numériser0010
    Pour toi,

    je deviendrai 

                      Liberté!

    Je franchirai le long frisson des saisons

    et la force pure du vent 

    d'où jaillit la voix téméraire des torrents...

     

    Pour toi, je deviendrai

                                  Musique!

    Je tresserai

    les secrets de tous les murmures

    et les notes de tous les possibles,

    envahie par une vibrante folie !

     

    Pour toi, je deviendrai

                                  Conquête!

    Je gravirai les rêves lunaires de l'attente;

    je découvrirai les merveilles entrelacées des nuits,

    bercée par l'ondulation lente

    d'un clair de ciel...

     

    Pour toi, je deviendrai

                                 Poésie!

    Je célèbrerai la beauté de ma fantaisie,

    offerte comme un fruit

    au temps léger du désir...

     

    Pour toi, je deviendrai

                                 Etoile! 

    Le pourpre de la flamme 

    s'allumera dans la plénitude de mes mains

    et l'obsession de cette brûlure

    m'enivrera sans me consumer...

     

    Pour toi, je deviendrai

                                l'âme de l'Adieu!

    Je ne craindrai pas de quitter

    la quiétude parfumée 

    de mon jardin clos

    pour cheminer sur l'âpre sentier 

    des heures nouvelles...

     

    Pour toi, je deviendrai

                                 Espoir!

    Mon sanglot s'égrènera comme un collier ouvert;

    mon coeur halètera dans le souffle des neiges;

    mes yeux contempleront une douceur muette;

    mes cheveux se dénoueront- algues filantes des soirs de larmes, mèches astrales des espaces...

     

    ...et de cette lancinante traversée du monde,

    de cette lutte opaque avec l'inconnu, 

    jaillira l'or vif d'un météore de bonheur...

     

    ...Ô délicieuse naissance!

    Guérison de ma conscience!

     

    Alors je disparaîtrai

    pour devenir

    la taie soyeuse des songes,

    la sérénité lisse de l'azur,

    la lisière nacrée des aubes,

    les silences qui s'enflamment...

    Tout ce que tu sauras reconnaître!

     

    Je me glisserai comme une caresse

    en ton centre vital!

     

    Oui! Je serai Celle

    qui répondra

    à la quête bleutée 

                             de ton appel!

     Pour toi,

    je deviendrai

    l'énigme tranquille et fidèle

                                   de l'Eternité.