âme

  • A jamais à présent

    Les perles de ta voix tintent dans la lumière

    Tes phrases entourent en n'importe quelle saison mon cou

    Il m'arrive au matin de confondre les rayons du soleil qui bordent le monde avec tes mèches une fois le voile levé

    Quand tu m'envoies dans le vent ce signe espiègle que je reconnais depuis l'enfance afin que je tourne ma tête vers l'essentiel

    je sais que tu déplies déjà la page du ciel et que tu vas m'en lire les conseils tout le jour

    Et si je songe à toi en disant A jamais

    tu me réponds en déposant une rose de ton souffle sur ma joue A présent

    Et si je prête l'oreille à tout ce qui se dit de toi et qu'on veut que je croie

    comme quoi tu t'es éteinte au printemps

    tu ris aux éclats dans la nuit de mes yeux

    et tu me fais présent d'un peu de silence

    pour que j'entende cette phrase brève

    qui s'exclame

    dans toute mon âme

    preuve de la force de ta flamme 

    C'est pourquoi

    je suis Feue !

    Géraldine Andrée

  • LETTRE A MA VIE

    Numériser0006
    Je t'écrirai peu avant la tombée de la nuit

    dans l'indéfinie tiédeur

    de cette heure qui se balance

    comme un berceau étrange  

     

    Je t'écrirai les premiers rires d'étoiles fécondés par les larmes

    l'égrènement du collier de la brise sur l'eau

    les ombres grêles de la saulaie qui frissonne comme un drap de rêverie

    et la trace à-demi effacée d'un doigt de lumière

     

    Ce sera l'infime vertige d'une aile de luciole     un discret halo       une étincelle déjà presque éteinte    la soie lentement froissée du ciel     le grelottant sanglot d'une note

    à peine une complainte peut-être l'indicible brisure d'une chanson?

    un sourire triste qui repose dans la corbeille de la lune

     

    pas d'obsédante blessure   pas d'âcre morsure!

    non au temps obscur du drame  -non à l'âpre mémoire que signe le sang!

    Ce ne sera rien         seulement la griffe de velours du soir

    qui m'évoque un très lointain baiser déposé sur mes pleurs

     

    et la mystérieuse lueur d'une prunelle d'azur

    qui respire comme une ondée de murmures

    et derrière la feuille le brin d'herbe le reflet

    la merveille éphémère d'un feu follet

     

    Ô ma vie! Infinie lecture de toutes mes pensées!

    La veillée de mes mots tremble et te regarde:

    c'est la parole enfouie de mon coeur

    qui bruit de tous ces choeurs amis...

     

    Je t'écrirai peu avant la tombée de la nuit

                         

      

                     

  • Missive

    Numériser0008
    Je t'écris du pays profond de mes pensées.

    Je sais que, demain, tu viendras...

    Je te sourirai de loin, sur la rive de mon attente; 

    et une voile, voguant sur des souffles jadis disparus, surgira dans la moiteur muette des brumes.

    Alors ce sera la fin de mon sommeil; le drap sourd de la lassitude se fendra lentement comme une étoffe fragile.

    De frêles rumeurs d'eau affleureront sur nos lèvres; des caresses bruiront à l'embouchure de nos corps; puis l'ivresse nous bercera  -avant l'apaisement d'une mer enclose.

    Tu m'es si fidèle, mon amant, que je ne sais depuis combien de temps nous nous connaissons; le bonheur est-il né hier ou aujourd'hui?

    Je sais seulement que notre ciel est une toile qui respire; aucun lagon n'est plus serein que cette méditation de nos yeux; aucune mousson ne frémit autant que la merveille de nos murmures.

    Derrière nos yeux fermés nous peindrons un monde creux d'herbe mouillée; traversé par le frisson tranquille des nénuphars; ondulant telles des algues douces:  gorge fascinante, fleur des exhalaisons! 

    Je sais que demain, mon amant, tu viendras dans la maison solitaire au bord de l'étang.

    Le cri des oiseaux t'annonce. Ô palpitante complicité du vent et des nuages! 

    J'entends qu'ils sèment ton nom

    troublant et familier,

    terrible et originel,

    devant lequel

    l'âme pleine s'incline.

     

    Les bords immenses de mon pays débordent déjà de ta Présence

    vive et nue,

                         absolue.

    Alors s'éteint la lanterne glacée

    de mes pensées anciennes...

    Et mon coeur est habité

    par une irradiante éternité:

    la Patience!