Itinéraires intimes... - Page 5

  • Neuf jours de sept gratitudes

    Merci,

    le soleil qui s'allume en chaque goutte de pluie ;
    l'encre noire sur la page blanche ;
    le rêve inattendu, surgi comme un oiseau dans l'ombre ;
    mes mains ouvertes sur la table et qui sont là, simplement disponibles, délivrées de l'intention de saisir la moindre chose ;
    l'odeur de menthe du bosquet ;
    la lumière d'été qui éclaire l'endroit où bat mon coeur ;
    mon souffle de chaque instant.

    Merci.

    ***

    Merci

    le vent dans mon dos ;
    le soleil frais ;
    la terre qui crépite sous mes sandales ;
    le nuage rond ;
    mes chevilles agiles ;
    mon coeur qui bat son rythme tranquille ;
    et ma rêverie fidèle

    de me guider
    toujours
    un peu plus loin
    sur le chemin
    du jour
    à vivre...
    Merci.

    ***

    Merci à Vous,
    tous les instants du jour
    pour Tout
    ce que vous m'avez apporté :

    toi, un pépiement de mésange bleue ;
    toi, des paillettes de soleil autour de mon chapeau ;
    toi, une goutte de parfum sur mon poignet ;
    toi, la rose de la glace sur son cornet ;
    toi, un morceau de salsa ;
    toi, une phrase essentielle dite sur un ton léger ;
    toi, la conscience profonde que mon dessein est inscrit dans la ronde du monde.

    A Vous,
    tous les instants du jour
    d'aujourd'hui,
    Merci.

    ***

    Merci, le Jour, d'être tel que tu es :
    unique dans ce que tu réalises
    pour Nous Tous :

    s'il pleut, de faire chanter les tuiles de la ville ;
    s'il y a du soleil, d'allumer des étincelles sur les brindilles ;
    si l'orage gronde, de faire galoper la crinière de la mer ;
    s'il gèle, de lustrer les lacs ;
    si une mauvaise nouvelle arrive à tire d'aile, d'ouvrir nos mains sur notre coeur pour le protéger de la future douleur ;
    si une bonne nouvelle survient comme une jeune pousse inattendue, de recueillir le rire qui déborde de nos lèvres ;
    et si rien ne pleure ou n'exulte, de diriger notre regard vers la page du ciel où la trajectoire d'un oiseau dessine peut-être notre dessein.

    Merci, le Jour, d'être tel que tu es
    car, lorsque je t'accepte ainsi,
    je me révèle telle que je suis,
    à la fenêtre de la Vie.

    ***

    Chaque jour est riche des noces de deux choses toutes simples, par exemple :

    le pain et la confiture,
    le poème et la lampe,
    le soleil et la mèche de Lise,
    l'iris et la lune,
    le silence et l'étincelle,
    le pétale et la goutte,
    la rame et le rêve.

     ***

    Sept choses qui valent sept fois rien et qui sont Tout :

    le fruit confit dans la mie ;
    la note en haut du clocher : il est une heure ;
    la perle retrouvée du bijou ;
    le fil du soleil avec lequel le chat joue ;
    la braise rouge qui se prolonge après le souffle ;
    les deux brins d'herbe à fleur de lèvres, nécessaires au passage de la source du chant ;
    l'ultime mot qui change tout.

    ***

    Je suis reconnaissante
    pour le jardin du soir
    qui repose
    dans la paume immense
    de l'univers,

    pour l'eau
    de l'arrosoir
    qui murmure
    à fleur
    de fleurs,

    pour le bleu
    que déversent
    les feuilles
    du chêne
    sur mes yeux,

    pour le rayon
    ultime
    qui entoure
    un mot
    de mon livre,

    pour le délié
    de ce nuage
    que trace
    une invisible
    main d'écolier,

    pour la traîne
    du paon
    qui se promène
    comme ma plume
    sur la page,

    et pour le sourire
    de cette fillette
    qui la suit
    à petits pas
    et s'exclame

    dans une phrase
    minime
    adressée
    à l'âme :
    C'est beau !

    ***

    Merci mes cheveux, qui apprivoisent le mouvement du vent !
    Merci mes joues, roses qui font fleurir les baisers !
    Merci mon nez, pour le souffle nécessaire à la poursuite de ma route de vie !
    Merci mes lèvres, par lesquelles passe l'eau !
    Merci mes oreilles, qui m'offrent dans la solitude le présent d'un battement d'ailes !
    Merci ma poitrine, écho de mon coeur !
    Merci mes mains, faites pour récolter !
    Merci mes bras, qui entourent mes récoltes !
    Merci mes hanches, que traverse l'onde de la musique !
    Merci, soleil rose caché, pour la conscience ardente que tu me donnes de ma féminité !
    Merci mes cuisses, qui renforcent l'élan de ma course quand je faiblis !
    Merci mes genoux, qui me permettent de m'adapter aux difficultés du chemin !
    Merci mes chevilles, de me porter avec souplesse sur les pierres !
    Merci mes pieds, d'obéir à ma volonté sur cette Terre !
    Et qu'importe où cette volonté me mène,

    merci, mon corps,
    d'être l'allié de mes expériences,
    maintenant et ici
    à chaque aurore
    de mes jours.
    Merci.

    ***

    Mon intention d'aujourd'hui

    fut de prêter attention.
    Même si je suis aussi petite qu'une brindille dans l'Univers, soulevée par la main du Temps,
    et de passage comme toutes les autres brindilles
    sur le chemin de la Vie,
    j'ai été attentive
    au soleil sur mes épaules,
    au bruit de mes pas sur la terre,
    à mon sang qui rosit ma peau à chaque instant,
    à mon coeur qui bat sans que je l'entende,
    à la force douce de mes bras,
    à la présence de mes paumes,
    au souffle qui me traverse et me nourrit.
    J'ai été attentive
    à mon intention de vivre,
    ici et maintenant,
    et je me sens ce soir grandie
    dans cet Univers
    constellé de brindilles.

    Géraldine Andrée

  • Le bon endroit

    Quand elle tourna la clé dorée dans la serrure et qu'elle ouvrit la porte, elle sut qu'elle était au bon endroit et que cela avait valu la peine de faire autant d'heures de route.

    La chambre était petite et simple : un lit et son édredon fleuri, une armoire et son miroir, une table ronde et sa lampe, un fauteuil et l'intuition des songes futurs.

    La porte-fenêtre, déjà ouverte, semblait l'attendre depuis le matin pour lui montrer le jardin vu de la terrasse et là, juste derrière les pins, le pouls de la mer.

    Assurément, elle serait bien.

    Elle se dépêcha d'ouvrir sa valise et, sans rien ranger, sans rien disposer, d'extirper son maillot de bain.
    Elle ôta sa robe de voyage et noua les rubans du maillot derrière son cou.
    Elle ne prit pas la peine de se regarder dans le miroir. A quoi bon ? Elle savait qui elle était et n'avait plus envie de plaire à personne.

    Elle avança ensuite très lentement vers la terrasse, pour savourer cet instant où elle rejoignait le paysage.

    Elle voulait prendre aussi le temps de voir le soleil baigner ses pieds, puis ses cuisses, son ventre et ses seins.
    En se souriant à elle-même, elle s'allongea sur le tissu rayé du transat.

    Elle se promit de vivre chaque jour d'instant en instant - pour le fruit qu'elle mordrait tout à l'heure au coeur, pour la première brasse qu'elle ferait dans la mer, pour les grains de sable qu'elle décollerait de la plante de ses pieds sur le seuil, pour la corolle éclose de ses mains qu'elle lèverait vers la lame blanche de la lune, avant que ne vienne la marée haute du sommeil.

    Toute cette semaine était à ELLE ! Une somme de sept jours plus inestimable que n'importe quelle richesse.

    Là, c'est sûr, elle oublierait l'amant qui l'avait tant fait souffrir et qu'elle n'aimait plus mais dont le souvenir la hantait sous la forme d'une culpabilité aiguë.

    Et pour s'apprivoiser à nouveau dans ce corps qui ne dépendait plus du regard de l'autre, elle compta ses grains de beauté. Un instant par grain. Elle estima le nombre qu'elle avait dans le dos qu'elle additionna à ceux qui étoilaient son ventre, sa poitrine, ses hanches. Toute sa peau était une nuit claire.

    Puis, elle passa sa main avec délectation dans ses bourrelets. Collines, vallées, virages et détours. Tout son corps était un paysage de promenade.
    Vraiment, nul besoin de miroir.

    Elle se regardait avec la paume de sa main. Et elle se plaisait, oui.
    Elle se trouvait parfaite dans son imperfection.

    Enfin, la mer l'envelopperait telle qu'elle était :
    constellée de grains de beauté,
    avec ses bourrelets,
    son passé de mal aimée,
    son histoire avortée.
    Chaque vague viendrait de l'infini pour la rencontrer,
    sur cette surface du monde,
    au bon endroit.

    Géraldine Andrée

  • Au revoir

    Quand j'avais vingt ans, 
    je disais au revoir à toutes les choses que je quittais :

    au revoir, chambre d'amour ;
    au revoir, jardin éclos du Poitou ;
    au revoir, escalier de pierre grise ;
    au revoir, fontaine aux mille éclats de rire du Petit Lucé ;
    au revoir, plage offerte aux vagues fraîches ;
    au revoir, poutres où se nichent les hirondelles ;
    au revoir, livre de poèmes que je dois rendre à la bibliothèque ;
    au revoir, rue ensoleillée de la ville de vacances ;
    au revoir, arbre qui pleure sa résine ;
    au revoir, garage de mon grand-père ;
    au revoir, vitrail de la cathédrale ;
    au revoir, lilas blanc tourné vers la fenêtre ;
    au revoir, banc sous les vignes ;
    au revoir, sentier où la chatte revient de promenade ;
    au revoir, fauteuil profond pour les longs hivers ;
    au revoir, bougies rouges des Noëls de joie.

    J'étais toujours de bonne foi
    quand je disais au revoir.
    Je faisais signe de la main aux choses
    pour qu'elles demeurent dans ma mémoire.

    Et la Vie
    m'emmenait
    vers d'autres choses
    auxquelles je disais toujours
    avec la même bonne foi 
    au revoir
    mais que je ne revoyais pas.

    Géraldine Andrée

  • Je me souviens

    decouverte, quete, reve, liberte, resilience, identite

    Je me souviens d'une vie
    où j'empruntais un chemin caché parmi les feuilles
    qui me menait loin, 
    toujours plus loin.

    Je me souviens, oui, 
    de mon destin tracé par ce chemin alerte
    qui allait gaiement dans la lumière verte.
    C'est peut-être

    pour cela 
    que j'écris 
    en cette vie 
    d'aujourd'hui...

     

    Géraldine Andrée

  • Ton silence

    Ton silence se faufile

    entre les notes du carillon, les gouttes de la pluie, les lueurs bourdonnantes des insectes, les craquements des petits cailloux, les grincements de la grille du Domaine de la Griselle, les crépitements de la braise.

     

    Et quand la vague se retire, que le vent s'apaise au-delà de la terrasse, ton silence se dévide de l'âme de l'univers comme le souffle de l'enfant endormi.

     

    Et quand je songe à ton absence devant le regard de ton ancien miroir, ton silence se dépose sur mon silence.

     

    Nos deux silences alors, je suppose,

    tremblent ensemble

    et se confondent,

    telles deux eaux profondes,

    où se mire le rêve du monde.

     

    Géraldine Andrée 

  • Je sais un pays

    Je sais un pays où, lorsque l'on revient, on retrouve les traces de pas de jadis sur le petit chemin, où l'on franchit le seuil avec son manteau glacé que l'on accroche ensuite sur le patère de bois comme lors des soirs neigeux de l'enfance.

    Doucement, on avance vers le coeur du silence que l'on éclaire avec la lueur toujours aussi rouge de la lampe ; on s'assoit dans le fauteuil en se frottant les mains et on se dit à soi-même puisqu'on est tout seul :
    "Je boirais bien un verre de vin."

    La lumière du feu que l'on a préparé avec les bûches argentées de La Saulnaie commence à se lever haut.
    Certes, il est bien tard... Trop tard, peut-être...
    Alors, l'âme s'égare en regardant briller les flammes,
    et bientôt, on n'est plus là. 

    On est entré en Soi.
    Je sais un pays sans géographie
    qui a pour nom
    Mélancolie.

     

    Géraldine Andrée

     

  • Emporter pour le voyage

    Emporter pour le voyage
    des souvenirs de poèmes, 
    de musiques et de rires.

    Devant le seuil
    de la grande porte,
    réciter par Coeur

    pour se faire
    reconnaître
    tel que l'on est

    des vers,
    des noms de fleurs,
    de plantes,

    d'arbres
    d'étoiles
    et de planètes.

    Chanter
    un petit air
    de Mozart

    ou de Beethoven
    en sifflotant
    comme en enfance.

    Savoir donner 
    une couleur
    à chaque étincelle

    qu'on a regardée trembler 
    en sa goutte 
    de rosée.

    C'est sans doute
    tout ce qui compte,
    tout ce qui importe

    pour le ciel immense 
    de notre passage
    en ce bas monde.

     

    Géraldine Andrée

  • Le numéro de téléphone

    J'ai retrouvé dans la poche d'une veste de l'ancienne saison
    le numéro de téléphone de La Maison.

     

    Zéro trois, quatre-vingt-deux, trente-quatre, dix, cinquante-deux.
    Il suffirait peut-être que je le compose

     

    pour que je retrouve la haie de roses,
    la véranda blonde des dimanches,

     

    les dalles fraîches sous mon pied nu à l'aube,
    la chatte qui se roulait dans l'herbe,

     

    et les livres de la Bibliothèque verte,
    et le bon temps qui s'attarde

     

    dans le bleu des vacances
    jusqu'au mois de septembre...

     

    Zéro trois, quatre-vingt-deux, trente-quatre, dix, cinquante-deux.
    Nous étions deux, nous étions quatre

     

    à rire, à pleurer, à vivre.
    Dix chiffres

     

    qui restent
    dans la poche d'une vieille veste,

     

    inscrits d'une main malhabile
    à l'encre noire

     

    sur du papier blanc jadis
    pour appeler une maison disparue,

     

    pour rappeler à Soi
    La Demeure qui n'est plus.

     

    Géraldine Andrée

  • Les cent choses que j'aime

    J'aime

     

    les arbres en fleur
    le chat noir qui dort sur la fenêtre en face
    le thé chaud à la cannelle
    l'odeur des oranges le matin
    la musique classique pendant la lecture
    le jus vermeil de la grenade
    les parfums des jardins mouillés
    l'encre bleue sur la page commencée
    le carillon de huit heures que je confonds avec un rêve
    l'étoile du Nord par le vasistas

     

    la constellation de la rosée sur les lilas
    le sucre roux que l'on saupoudre sur les crêpes de la Chandeleur
    le crissement des feuilles mortes sous les bottes
    le cornet gras de chouquettes entre les doigts avant le film
    la noix qui s'ouvre en craquant
    la pluie qui tombe dans la nuit
    la brume qui se lève prometteuse du bleu des cimes
    l'eau dans les paumes jointes un après-midi d'août en Andalousie
    le murmure de la fontaine derrière les arbres
    la couronne d'un soleil crépusculaire sur une croix dressée au bord d'un chemin flamand

     

    la théière chinoise de ma tante aujourd'hui décédée
    le givre sur lequel l'ongle peut écrire
    les parfums de la roseraie au tout début de juin
    une cuillerée de miel les jours de toux
    les yeux de l'animal sauvage qui fixent l'âme à travers les feuilles
    le rire du rideau de perles quand Julia paraît pour servir le client dans son épicerie sicilienne
    la voix de Julia qui éclate en mille étincelles sonores alors que l'on boit une courte tasse de son café fort
    la vague qu'un tremblement de l'azur annonce
    la lumière de cinq heures qui vacille doucement dans un canal de Bruges
    les pétales d'or du maïs grillé sur les braseros les soirs d'été au bord de la Mer Noire

     

    les prunes un peu ouvertes dans l'herbe
    au bout du doigt, la confiture encore chaude de reines-claudes
    l'île d'or de la lampe sur mon livre
    l'éclair bleu des mésanges dans le parc au petit matin
    le sable qui glisse dans mes sandales
    quelques gouttes en plein hiver du parfum Very Irresistible de Givenchy que j'ai acheté lors de mes vacances d'août à Majorque
    la collerette en chocolat de la religieuse
    mes chaussures neuves qui claquent au soleil 
    entendre sonner les cloches quand je passe sous la voûte de la cathédrale (leur écho heurtant la pierre m'envahit toute entière et me fait Résonance)
    un pain aux raisins artisanal mangé dans la rue les jours de marché

     

    le moment bleu, quand le jour s'affirme encore avant la nuit
    un concert de mon groupe préféré, Idan Raichel Project, sous les étoiles
    la stridulation des cigales lorsqu'on s'approche du Sud
    la mer qui bat derrière les pins parasols
    un air andalou quelque part à fleur de sommeil
    une toile d'araignée couverte de givre et qui brille dans le soleil
    entendre arriver l'ami derrière la porte encore close
    remonter l'horloge de mon grand-père
    porter à nouveau mon collier de perles que j'ai acheté au petit marché roumain, juste en face de l'hôtel, il y a dix ans, et qui me va comme un gant
    lire l'Anthologie complète de la Poésie chinoise en Pléiade quand il pleut

     

    fermer les yeux au soleil et voir derrière mes paupières une nuit d'or
    marcher sur les pierres baignées par l'eau des fleurs
    voir le jour d'été à travers les rais des persiennes quand je me lève
    écrire un poème qui vient à ma rencontre sans que je m'y attende
    entendre crisser pour l'apéritif le cornet de noix de cajou
    écouter Debussy quand l'orage tiède de juin s'annonce
    relire les vieux cahiers de mon adolescence et me demander si je suis restée la même sans obtenir de réponse
    voir un chat sortir d'une haie
    passer devant le pommier toujours bien rose au printemps
    imaginer que je vais prendre le premier train demain pour le Midi

     


    m'apercevoir que j'ai réalisé mon rêve écrit sur tant de pages : j'ai pris le premier train du matin qui part pour le Midi et le soleil touche mon épaule par la vitre
    suivre la lumière qu'emporte la rivière
    écouter cette note d'oiseau accrochée au bleu du soir
    manger une tartine dans les sous-bois
    enjamber un pont parmi les fleurs
    me pencher sur ce nénuphar qui frémit sous le rire de la fontaine du jardin de Godron
    croquer dans le coeur d'une pomme
    voir se délier au cours de la sieste un nuage blanc de beau temps
    garder un instant sur la prunelle l'éclat d'un papillon que j'ai croisé
    observer en silence tous les insectes et toutes les étincelles qui habitent l'herbe

     


    le reflet de la ville dans le verre de limonade
    la lueur d'une abeille qui traverse l'ombre du marronnier
    du vin rouge avec du fromage
    les poésies d'Emily Dickinson
    le virage qui révèle doucement le paysage
    le ciel rose du soir au-dessus des toits
    l'église derrière le chant de jonquilles
    les pétales de pissenlit dispersés par mon souffle dans le vent
    le murmure des feuilles partagé en silence avec une inconnue assise sur le même banc
    la roue multicolore du paon

     

    les variétés de verts quand l'arbre frémit sous le vent
    la lampe de l'ami qui brille au coeur du soir
    enfoncer mon index dans la mie tiède
    dessiner un autre alphabet sur le sable
    écouter bourdonner le sang de l'océan dans un coquillage
    manger la glace avant que son carmin ne tache mes doigts
    glisser mon carnet intime dans un panier d'osier, à côté de la serviette, de la bouteille d'eau et du goûter
    lire un livre à l'improviste sur une pierre ou une margelle
    voir le soleil aborder le balcon (enfin !)
    un papillon blanc qui monte jusqu'à mes yeux

     

     

    avoir les poches pleines de bonbons enveloppés dans du papier chantant 
    regarder briller la petite rivière La Griselle entre les arbres
    sentir mon coeur battre pendant que j'écris : rythme du sang et rythme de l'encre, même chose
    me promener sur l'odorant sentier après l'orage
    retrouver une feuille de la belle saison précédente dans la neige
    écouter les notes de pluie qui tombe sur les tuiles
    me pencher sur le lac où la forêt mire ses cheveux roux 
    téléphoner à ma meilleure amie, le dimanche, quand il fait silence
    être accueillie par un rayon de lune quand je rentre tard
    transformer chaque défi et chaque épreuve en poème

     

    Parfois, je ne peux pas mettre de complément au verbe J'aime.
    Je peux dire, bien sûr, que j'aime un beau tableau, un beau paysage, un beau poème, un beau bouquet de fleurs, une belle âme, la mer, la lumière...
    Mais j'aime dire souvent
    J'aime

    sans complément,

    vaste mer de lumière
    qu'est ce verbe
    qui s'adresse à tous les tableaux, les paysages, les poèmes, les bouquets du monde
    et les embrasse dans le bleu de l'aube
    pour en faire une seule
    et belle âme.

     

    Géraldine Andrée

  • La petite feuille de printemps

    La petite feuille
    de printemps
    avec les lettres
    de son alphabet
    personnel
    qui s'enchevêtrent
    et ses paroles
    sibyllines
    d'enfant
    qui servent
    de refrain
    au chant 
    du vent
    la petite feuille
    de printemps
    est le signe
    sans conteste
    qu'il existe
    plus grand
    et plus haut
    que Soi

    Géraldine Andrée