Je sais un pays

Je sais un pays gorgé de fleurs et de fruits les matins de givre
un pays dont le chemin de la source s'écoute sous la glace
un pays qui sautille comme une aile sur le bout des doigts
un pays qui choisit tous ses enfants pour unique prophète
un pays sans pancarte mais qui s'épelle dans un rêve éveillé
un pays à l'éternel midi
un pays distant d'un seul instant correspondant à l'ébauche d'un sourire
un pays qui ne se cherche pas puisqu'il se sait par coeur
Il te suffit de l'accueillir comme si tu en étais la soeur
un pays qui par le bercement de ses soleils à chaque enjambement te donne la folle raison de vivre
un pays pour lequel la destination t'invite à revenir au souffle initial
un pays dont les étoiles remontent la liqueur des nuits lorsque tu te lèves devant ton miroir avec des mots dignes du jour
un pays où note et éclat se précèdent tour à tour
un pays qui te lègue sa langue par simple consentement au silence
un pays de mystères et de patients détours
pour que tu confondes à l'heure décisive voix et lueurs
un pays qui déborde de la terre comme le regard d'un peintre invisible
un pays destiné à faire fleurir les pierres sous tes pas
un pays qui rend imminente la prochaine aurore
Ce pays est absent de toutes les cartes d'état-major
mais il se repère dans l'iris d'un chat le reflet de l'aigue-marine l'étincelle du mica l'épine argentée du chardon l'alphabet des fougères la frêle racine de l'aubépine
qu'un pied léger devine
le grain minime
à l'origine
de la promenade sur la feuille nouvelle
Ce pays Marie
qui demeurera après nos vies
pour qu'on y renaisse tant de fois encore
sans un cri
avec juste un signe
comme annonciation
c'est la Poésie

Géraldine Andrée

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