Les oiseaux sauvages

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A l'heure
s'allument 
les lampes
dans les chambres,
les oiseaux
sauvages
des étangs
et des lacs
se rassemblent.
Ils battent
des ailes
à fleur
de terre
avec de telles 
saccades
qu'il semble
que c'est tout l'air
qui tremble.
Leurs cris
transpercent
le silence
du soir.
Bientôt 
leurs nuées
recouvriront
les brumes
et le visage
blême
de la lune.

 

C'est éternellement
ainsi
depuis la fin août
ou le début
du mois 
de septembre,
de saison
en saison,
de siècle
en siècle,
de génération
en génération.
Une enfant
est née
de feue Marie
et elle-même
a donné naissance
à une petite fille
bientôt mère
elle aussi.
Les noms
changent ;
des regards 
s'éteignent,
d'autres s'allument
mais à chaque 
automne,
les oiseaux 
sauvages
se donnent
rendez-vous
au bord
des eaux rousses.
Nul ne s'en étonne.

 

Depuis toujours,
du temps même
de Charlemagne,
d'Anne Boleyn,
de Louis Quatorze,
de Bonaparte,
à l'heure
s'éclairent
les maisons,
les oiseaux
sauvages
préparent
leur voyage.
Ils voleront 
ensemble
mais seuls
dans la nuit
dont ils connaissent
par coeur
et par un secret
qui est le leur
la lueur
profonde.

 

Pendant
que nous dormirons,
ils s'élanceront
au-dessus
de nos toits
à la conquête
du ciel
d'un autre monde.
C'est pour nous
tous
le présage
des pluies,
des neiges,
des nuits 
longues.
Les oiseaux
sauvages
bien sûr
reviendront.
De leurs battements
d'ailes,
ils annonceront
la lumière
des moissons.
Ils seront
les mêmes
et cependant
différents.

 

Pour l'heure,
ils se préparent
à s'élever
dans le soir,
vers la destination
de l'Orient,
de l'Afrique noire.
Les regarder
monter,
c'est se préparer
à son passage,
à la destinée
de son propre
voyage,
c'est se quitter
un peu soi.
Les oiseaux
sauvages
des étangs
et des lacs
nous ressemblent.

 

Ils ont la force
de défier
les distances,
de fendre
avec leur corps
les nuages,
les vents,
les dépressions
pour rejoindre
l'éclat
du soleil
qui les attend,
les toits
des demeures
embrasées
dans l'aurore,
les terrasses
blanches,
eux qui sont 
pourtant
de couleur
cendre...

Poème

Géraldine Andrée

Musique :

Mike Oldfield 

The songs of distant earth


 

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