Le jardin de jadis

Dans le jardin de jadis,
les flammes des écureuils
couraient entre les feuilles.

Les abeilles allumaient
sur les grappes de raisin
leurs lueurs dorées.

Les chats sauvages
dormaient d'un oeil
sous la vigne.

L'herbe mouillée
gardait imprimé
le passage de nos souliers.

Les saisons
disposaient
sur la table de la maison

les tomates
rouges
piquetées de roux,

les haricots
à la cosse
boursouflée,

les pommes fripées
et pourtant
si sucrées,

les pimpants bouquets
qui déployaient
en corolle

leur ombre
sur la nappe
ensoleillée.

C'est dans le jardin de jadis
que j'ai lié connaissance
avec mon ange.

Nous discutions
en silence
sous le marronnier.

Il m'enseignait
patiemment
à lire

à partir
des lignes
enchevêtrées

des plantes
le tout premier
alphabet du monde.

Le jardin de jadis
a été effacé
de cette terre.

Il n'en demeure
plus la moindre trace
aujourd'hui,

sinon dans ma mémoire
que personne
n'est obligé de croire

et la seule
façon
pour moi

de le faire
refleurir
ici

est d'écrire.

 

Géraldine Andrée

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