• Le tout petit chemin

    C'est un tout petit chemin

    que tu ne vois

    ni de près, ni de loin.

    Tu as beau le chercher sur la carte,

    sous la lampe du soir :

    Tu ne trouves pas

    le moindre trait noir.

     

    Tu peux monter à la fenêtre

    au-dessus du toit de l'auvent

    et regarder longtemps :

    tu ne vois pas

    le moindre fil d'argent

    ondulant là-bas,

    entre les arbres...

     

    Mais, lorsque tu renonces,

    que tu décides raisonnablement

    de t'étendre,

    de fermer les yeux

    dans la lumière blonde

    et de t'abandonner à la sieste

    de l'enfance,

     

    tu aperçois soudain

    le petit chemin

    venu

    des confins du monde

    qui court

    vivement

    à ta rencontre...

     

    Alors, dans ton rêve,

    ton âme se lève

    et s'avance,

    obéissant

    au secret détour

    par les courbes

    du petit chemin

     

    qui,

    comme une jeune fille,

    la guide 

    en se déhanchant

    à chaque

    éclat

    de rire.

     

    Combien de temps

    durera le voyage ?

    Tu l'ignores

    car les secondes

    de ce grand jour

    où tu apprends

    à être libre

     

    se comptent en nombre

    de pois de senteur

    qui roulent

    dans le vent,

    de fétus d'or,

    de pollens blancs

    que te souffle l'aurore.

     

    Tu te sens tellement

    en confiance

    que tu joues

    à poser la pointe

    de ton talon

    sur un caillou rond

    quand tu désires changer de pas.

     

    Nul risque

    que tu perdes l'équilibre,

    oh non,

    tant tu es décidée

    à vivre

    l'audace

    de cette promenade !

     

    Et tu sais

    que tu as atteint

    le bout

    du petit chemin

    lorsque tu te retournes

    et que tu vois

    le grand Tout,

     

    les montagnes, les collines,

    l'océan dans sa clarté argentine,

    y compris

    la lointaine fenêtre

    de l'auvent

    qui surplombe

    ta victoire,

     

    alors que ton ultime halte

    ne figure sur aucune carte

    d'état-major

    et qu'aucun point rouge

    ne l'entoure

    sous la lampe

    qui, vainement, se penche.

     

    A cela, je pense

    que le Créateur du monde

    a la réponse :

    C'est un tout petit chemin

    qui te mène

    si loin en toi-même

    que tu échappes

     

    à tous les regards...

     

    Géraldine Andrée

  • Des expériences toutes simples mais essentielles

    Aujourd'hui, j'aime faire l'expérience de la lumière sur mes mains, d'un pas plus grand puis d'un pas plus petit, d'un chemin qui s'ouvre le matin, d'un quart d'heure de méditation, du silence que j'écoute les yeux fermés, d'une odeur d'encens, d'un cahier ouvert, de mes mots qui annoncent le frémissement d'aile d'un rêve nouveau.
    Voilà.
    Des expériences toutes simples, mais essentielles. 

    Géraldine Andrée 
    Mon cahier

  • Le rêve

    La fenêtre est ouverte sur les premières étoiles.
    Le silence entre, tout parfumé d'avoir marché parmi les menthes.
    Comme le temps est tiède après le soleil !
    Déplier les draps qui fleurent bon la lavande après avoir séché dans la lumière crépitante.
    Qu'ils enveloppent le corps de leur onde douce
    et que le long de leur blanche rivière se dévide le souffle.
    Ôter de la peau les étoffes du jour, les étendre sur la chaise de chevet,
    puis s'allonger, déployer la corolle des cheveux sur la taie fraîche
    et, dans la nuit des paupières closes, quitter les illusions du réel.
    Mourir un peu en se laissant vivre,
    guidé par le rêve qui fait passer l'âme entre deux rives
    jusqu'à l'embouchure où, voile d'or, Elle se rendra visible
    pour l'Oeil qui veille depuis toujours sur tous les possibles.

    Géraldine Andrée

  • Mon nouveau-né

    Je vous présente mon roman Le Grand Retour qui vient juste de paraître chez Edilivre.

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    Un récit de vie, en vérité, sur la période de mes vingt ans.

    Sur une histoire d’amour qui a noué les fils de ma destinée pendant vingt autres années.

    Une écriture sobre, sensorielle, sensuelle, envoûtante… constellée de silences comme la partition d’une musique.

    Un cheminement intime qui mène de l’énigme à la connaissance de soi.

    Des mots tracés dans la chair pour que l’âme soit touchée.

    Une histoire personnelle qui parle aussi de vous car chaque expérience individuelle a une dimension universelle et les mots d’ici sont reliés au étoiles.

    Mon encre pendant ces deux années d’écriture s’est mêlée à la nuit avant de briller dans la jeune lumière de l’aurore.

    Bientôt, une interview de moi.

     

    ***

     

    On ne sait pas pourquoi on vit des heures si difficiles…

    Des heures qui constituent en vérité une seule et longue saison hivernale…

    Les rosiers refleurissent, les feuilles du lierre bourdonnent, les chatons naissent, les robes grandissent sur les corps des jeunes filles, la brise déroule l’écharpe de son chant de soie sur les sentiers et malgré Tout on demeure, soi, en hiver.

    Ce fut mon cas. J’avais vingt printemps. J’éclatais de rire très souvent. Je faisais confiance à la Vie. Et un homme est entré dans ma jeune vie, justement. Un homme dont je suis tombée amoureuse et qui m’a entraînée pendant cinq années dans une relation toxique qui a bien failli me perdre à jamais. Un homme dont j’ai dû me détacher dans la violence. Un homme qui a prédestiné la suite de mon existence sans que j’en aie conscience.

    Ce si long hiver m’a semblé absurde, insensé.
    Pourquoi ?

    Et puis, voilà , vingt ans plus tard, par un beau matin de printemps, j’ai commencé à écrire mon récit. On était aux alentours de Pâques 2014. J’avais acheté un cahier de moleskine noire. La lumière blonde tombait sur les pages finement quadrillées. J’écrivais mon histoire à l’encre bleue puis je la tapais patiemment à l’ordinateur.
    Huit saisons ont traversé l’écriture. J’ai connu deux floraisons de roses, deux fois le bleu majorquin, le retour à deux reprises des jours de givre, deux fois aussi le crissement des feuilles rousses sous mes souliers. Toutes les feuilles rousses sont soeurs, quel que soit l’automne.

    J’interrompais mon récit puis le reprenais, patiemment. J’en ai mesuré le souffle pendant deux ans. L’écriture allait son rythme. L’écriture coulait de moi. Elle allait de Soi, finalement.

    Lorsqu’on atteindra la fin de l’automne, qu’on entrera dans le long hiver 2016, mon récit autobiographique sera publié sous le titre Le Grand Retour.
    A moi-même définitivement rendue. Chez moi revenue. Il faut bien souligner cette victoire.
    De mon échec, j’ai fait une oeuvre.

    Ainsi, tout a un sens.

    Les saisons perdues ne le sont pas en réalité. Elles sont même reconquises grâce aux mots, aux couleurs, aux notes et deviennent notre éclatante résilience pour toute la suite de l’histoire de notre vie qui nous est offerte.

    Géraldine Andrée
    Autour de l’oeuvre