• Naufrage terrestre (suite)

    4 ème épisode

    Au bout de trente minutes d'attente, le RER A consent à fermer ses portes et à démarrer.
    Les banlieues défilent: Aulnay-sous-Bois, Bobigny, Noisy- le-Sec, Bagnolet, Montreuil... Le compartiment est polyglotte, des musiciens entrent, jouent de la trompette. Cette vie parisienne que j'adore d'habitude m'exaspère aujourd'hui. Les sons m'irritent; les voix m'agacent; tout ce bruit, ce tapage, ce mouvement... tout cela me fait mal jusque dans les muscles et le derme. Je suis en géhenne.
    Je me calme un peu lorsque le RER touche presque au but: Montreuil, Vincennes... Bientôt, Gare de Lyon, La Défense...
    Je me demande alors:
    Où m'arrêter? Gare de Lyon ou La Défense?
    Mon objectif est encore de trouver un hôtel et de reprendre le train dès que je peux. Gare de Lyon...  J'aurai plus de chance de trouver un hôtel en marchant moins avec mes bagages...
    Va pour Gare de Lyon.

    Une jeune fille a pitié de ma mine déconfite, épuisée et m'aide à descendre ma valise. Je l'en remercie avec les forces qui me restent.

    Mais d'autres tourments m'attendent.
    Mon objectif est maintenant de sortir du RER. Pour cela, il faut passer le cap des portes automatiques qui s'ouvrent et se referment tout aussi vite sur elles-mêmes. La seule stratégie est de composter son ticket très rapidement et de foncer comme l'éclair, la valise devant soi. Je suis habile d'ordinaire. Et ma minceur est une alliée. Mais là, aujourd'hui, je ne suis pas assez vive...

    Et clac! les portes automatiques se referment sur ma valise. Impossible de la délivrer. Elle est irrémédiablement coincée. Je pousse... tire... En vain! Sous la force d'appui d'une part et ma force de traction d'autre part, je sens que les parois de ma valise craquent. Elle va bientôt se briser si je m'entête. Je suis à bout, prête à me coucher sur le sol, comme une bête rompue. Renoncer.

    Une femme est derrière moi, avec ses bambins; elle ne réagit pas.
    Je la prie, l'implore:
    -S.V.P! Compostez votre ticket! Je me dégagerai très vite et vous pourrez passer un quart de seconde plus tard!
    La femme refuse:
    -Et mes enfants?

    Seulement, les autres files sont prises. Elle non plus ne peut pas passer si je ne suis pas délivrée. Je le lui dis:
    -Tant que je reste coincée, vos enfants et vous ne passerez pas non plus!
    Alors, ma réplique la fait réfléchir et elle appelle un responsable RER qui, de son doigt multipouvoirs, nous libère enfin, ma valise et moi.
    Je prends les escalators; remonte lentement à la surface; je ressens dans cette libération quelque chose d'orphique; une ascension inespérée vers la lumière.

    Niveau 0 de la terre. Gare de Lyon.

    Vite! Réserver un hôtel! Je traverse le parvis ensoleillé, brûlant et, la main devant les yeux... Miracle! C'est comme si je voyais scintiller l'oasis en plein désert. Devant moi, luit la pancarte
    Hôtel! Je cours par 37 degrés, arrive dans le hall ombragé et bien frais, décoré de plantes vertes, m'appuie au comptoir. Coût d'une chambre single sans petit déjeuner: 175 euros. Cela m'est égal; je veux boire, aller aux toilettes, téléphoner, me doucher:

    -Une chambre; S.VP!

    Je dois avoir le visage ruisselant de sueur; mon maquillage coule peut-être. La responsable -une jeune femme blonde, pimpante, bien maquillée- me regarde comme si je venais de sortir de la mine puis, après un certain temps de silence, répond:
    -Attendez! Je vais me renseigner!
    Elle disparaît dans une pièce et revient après un court moment :

    -Désolé! Tout est complet!

    Je ressors de l'hôtel, traverse le soleil incendiaire du parvis, furieuse.
    De retour dans le hall de la Gare de Lyon, je dois me rendre à l'Evidence:
    la gare de l'Est, mon point d'ancrage, d'origine, seul lieu stable... mon phare en pleine mer démontée...  Ô mon cher pays d'où je viens!... Lorraine! Ma Lorraine!

    Seulement, voilà: il n'était pas prévu que je passe par Paris et n'ai préparé aucun itinéraire. Quel métro prendre? Ligne 4? Ligne 7? Où changer? Combien de fois? Les indications sont trop loin de moi. Je sens que je dévisse le long d'une paroi invisible...
    Machinalement, je manipule mon portable et me rends compte que j'ai un réseau. J'appelle ma mère en pleurant. Quand j'ai des soucis, j'appelle toujours Maman.
    Je lui raconte tout, elle me secoue: Te plaindre ne sert à rien! Cherche un taxi!

    Seulement, il n'y a point de taxi sur le parvis ensoleillé de la gare de Lyon. Je traverse la gare dans l'autre sens. Un panneau vient à ma rencontre comme un guide venu de l'autre monde:
    Taxis;
    je le suis.

    Des portes automatiques s'ouvrent de l'autre côté de la gare. Par chance, un taxi est là, un seul, disponible. A une seconde près, un couple de touristes veut le prendre aussi. Je cours, ne lâche rien, je suis la première. Je hèle le chauffeur qui descend, range ma valise dans le coffre. J'indique brièvement la direction: Gare de l'Est.

    Fin du 4ème épisode

    Géraldine Andrée 

  • Naufrage terrestre

    Bonjour à tous!

    Je suis la rescapée du naufrage du TGV Paris Bordeaux qui a eu lieu le 27 Juillet 2013.

    Devant rejoindre une location près de Bordeaux, je réserve mon billet 10 jours à l'avance, prends même en prime l'option week-end de 75 euros pour un an; après tout, c'est si agréable de voyager! La SNCF nous offre tant d'opportunités intéressantes!

    Le 27 Juillet 2013; bagages bouclés; le taxi m'emmène à la gare Saint Léon où je dois prendre la navette qui nous conduira en gare Lorraine-TGV (au milieu de nulle part; à 35 km de Metz; 35 km de Nancy; histoire de ne pas ranimer la vieille concurrence entre les deux villes).

    Le soleil est doux à 7 heures 30 du matin; j'ai même droit à un gentil compliment de la part du chauffeur de taxi: "Comme vous sentez bon! C'est agréable, dès le matin!". En attendant debout dans la douce lumière, je vois qu'un peu de rosée perle encore sur les feuilles rabougries d'une plante de ville. Au moment où la navette démarre, je songe que les vacances commencent enfin. Je suis loin de me douter qu'à ce moment précis, un terrible orage s'abat sur la ville de Bordeaux et jonche les rails sur tout le trajet de Saint Pierre des Corps à Angoulême de branches brisées. Non; il fait si beau aux alentours de la gare LorraineTGV qui est un chef d'oeuvre de notre siècle: haute architecture de verre et d'acier; on croit qu'on va s'envoler en train, faire des loopings dans le ciel; formidable!... La destination sur la pancarte clignotante est claire: ce TGV va bien jusqu'à Bordeaux Saint Jean; arrivée 14heures 36.

    Le train en provenance de Strasbourg entre en gare. Comme d'habitude, c'est la ruée. Eh oui! Paradoxe: Les gens ont peur de ne pas avoir de place alors qu'ils ont pourtant réservé! En essayant de monter, je me prends un gros coup de sac dans la poitrine de la part d'un homme qui ne s'excuse même pas alors que j'ai poussé un grand cri; mais bon, soyons tolérant et magnanime, nous sommes en vacances.

    Je prends place; le train démarre; je pars à la buvette me chercher un café long puis me plonge dans l'autobiographie "Patagonie intérieure" de Lorette Nobécourt (excellente satire de notre monde moderne et véritable apologie des voyages intérieurs, contemplatifs, presque immobiles). Je sirote mon café; me délecte des phrases extraites de Patagonie intérieure; me détends... Gare Meuse TGV; Gare Champagne-Ardennes TGV. Les prés défilent, avec leurs rouleaux de foin coupé; Qu'elle est belle, notre France! Qu'elles seront belles, ces vacances!

    Mais c'est tout de même curieux: aucun contrôleur ne circule dans le train, aucune annonce n'est faite; rien! Bon; après tout, c'est les vacances pour tout le monde... Je me plonge plus profondément dans ma lecture... quand j'entends un passager dire à un autre passager: « ça n'a pas l'air joyeux ce qui se passe là-bas... »

    ça n'a pas l'air joyeux, ce qui se passe là-bas... J'essaie de ne pas entendre... Là-bas; il parle peut-être de Damas ou du Caire... Je décide d'ignorer, de ne pas me laisser influencer par des phrases négatives, et cueille une phrase splendide dans Patagonie intérieure.

    Tout de même; tout de même... je sens que l'araignée de l'angoisse trotte dans ma tête; j'allume mon portable et me connecte à Internet; histoire d'en avoir le coeur net; et là, je lis avec effarement: "Axe TGV Paris Bordeaux impraticable dans les deux sens suite aux orages et à des troncs d'arbres tombés sur les rails."

    Le TGV s'engouffre dans un tunnel puis s'arrête: Gare Marne-la-Vallée Chessy.

    Fin du 1er épisode.

     

    2ème épisode

    Comme dans tout tunnel, la vision est très limitée à Marne-la-Vallée Chessy; il fait froid et noir; normal: nous sommes sous terre; seuls les néons blafards nous éclairent. Des voyageurs entrent et s'installent.

     Apparemment, la destination de Bordeaux Saint Jean n'a pas changé. Cela me rassure: si des voyageurs entrent, c'est signe que le train partira... tôt ou tard. On n'attendra pas très longtemps; il suffit simplement d'avoir un peu de patience: le temps que les rails soient libres.

    Le temps... Justement, il passe, le temps... Trente minutes, déjà, que nous sommes à quai.
    Après le café que j'ai bu, j'ai envie d'aller aux toilettes. Impossible: les toilettes sont fermées. Et il commence à faire très froid: 15 degrés de climatisation; alors qu'il fait 37 degrés dehors en plein jour, je dois ouvrir ma valise pour mettre un pull, au risque de répandre mes vêtements dans l'allée centrale.
    Pas d'informations: on entend une petite voix dans un haut parleur à quai égrener des numéros en anglais.

    Dans le compartiment, le haut parleur crachouille, puis cette voix:
    -Notre train est arrêté (au cas où personne ne l'aurait remarqué); suite à des orages sur la ligne Paris-Bordeaux. Nous vous donnerons de plus amples informations ultérieurement.
    Ultérieurement... Voilà bien un mot qui veut tout dire et ne rien dire à la fois.
    Trente minutes encore... Qu'est-ce que j'ai envie d'aller aux toilettes! Si j'avais de la force, je défoncerais cette porte.

    Des enfants commencent à pleurer; un père sort des jeux pour les occuper: Sois sage... On ne sait pas quand on partira...
    A nouveau le crachouillis et cette injonction -quasi militaire:
    -Votre attention, s'il vous plaît! Suite à des arbres tombés sur les voies entre Paris et Bordeaux, le train est immobilisé pour une durée indéterminée; nous vous conseillons de reporter votre voyage et de vous faire rembourser vos billets...
    Reporter le voyage alors que les billets ont été compostés? Qu'on a une destination, un but précis à Bordeaux?

    Je sens alors que je vais être prise au piège; que ce train va m'emprisonner dans sa nuit. Mon portable n'a plus de réseau. Il faut que je m'extirpe de cet endroit sinon, je vais crever, je le sens...
    Je descends. Fin des vacances pour moi à Marne-la-Vallée Chessy et début d'une autre épopée.

    Fin du 2ème épisode


    Comment décrire alors le lieu de Marne-la-Vallée Chessy?

    Cet endroit est la caricature même de la modernité poussée à outrance, de la déshumanisation. Notre « civilisation » a atteint -si on peut encore employer ce mot- une sorte de Moyen Age moderne.

    A Marne la Vallée Chessy, il n'y a que des portes automatiques, des distributeurs de toutes sortes (billets, tickets),
    des gens qui courent comme des automates en l’absence de panneau indicateur... Et surtout il y a... Il y a...
    Disneyland! Eh oui! Disneyland avec ses toboggans, ses manèges, ses boîtes à sous, ses boîtes à fric et la foule... la foule... partout, la foule...

    Je me dis qu'ici, il y a peut-être un hôtel, genre hôtel Ibis, que je peux y réserver une chambre, le temps que la situation se décante... demain, je pourrai sûrement reprendre le train.

    Autant dire que chercher un hôtel Ibis en cet endroit, c'est comme chercher le Saint Graal.
    Devant un stand de tirs américain, je demande où est l'hôtel Ibis. Les deux Américains qui vendent les tickets ne comprennent pas: Ibis? Ibis? What is it? Hôtel, you said?(ils croyaient sans doute que j'étais à la recherche de l'oiseau sacré égyptien, véritable incarnation du dieu Thot). Ibis? I don't know what is it.

    Découragée, j'abandonne la partie. J'erre, comme une âme en peine. J'ai mal aux bras et au dos à force de traîner ma valise. Je prie les Mânes de mes ancêtres pour qu'ils m'aident. J'ai l'impression de vivre un cauchemar éveillé, d'être exilée dans un récit de Kafka.


    Soudain, miracle! Je vois une femme avec le badge... SNCF! J'accours. Elle est en pleine discussion avec un de ses collègues et elle s'exclame à la limite du ricanement:
    Eh oui! Bel et bien arrêtés les trains Paris Bordeaux! Tous! Dans les deux sens! Pour combien de temps? Sais pas! Cinq heures -au moins! Eh ouais! C'est la vie!


    J'attends que tous les deux mettent fin à leurs considérations métaphysiques pendant au moins cinq bonnes minutes puis, hors de moi, je leur coupe la parole:

    -Bonjour! j'aimerais savoir où je dois me rendre pour rejoindre Paris! (Seule solution; Paris; la capitale; seule solution pour m'extirper de ce lieu de foule où il n'y a pas âme qui vive...)
    -Ouais! Bah! Il faut prendre le RER A! Vous prenez les escalators et c'est à gauche!
    Je ne me sens pas bien; j'ai le vertige; dans mon trouble, je lui demande:
    -Et... Il faut prendre le bus?
    Elle aboie presque:
    -J'ai dit RER!

    Je ne demande pas mon reste, emprunte les escalators avec ma valise à bout de bras, transpire, sens la sueur. Mes vêtements me collent à la peau. Fini, le bon petit parfum sucré de ce matin pour lequel le chauffeur de taxi m'avait complimentée.

    J'arrive devant les distributeurs de tickets, fais la queue, coeur battant. Un touriste anglais bloque la file: ce Monsieur doit prendre dix tickets Disney land; seulement, au lieu d'introduire sa carte bancaire une seule fois pour les dix tickets, il réitère l'opération à chaque ticket!

    Je suis exaspérée. Je sens émerger en moi une force sombre, archaïque, bestiale, venue de la nuit des temps; je le traite de "sans gêne", d'"égoïste"; ce Monsieur ne se démonte pas; il répond simplement: I dont speack French!


    Enfin, je peux prendre mon ticket, me diriger sur le quai; destination: Paris La Défense; destination clignotante sur un quai où aucun train ne circule; voie sans issue; je me retourne: même destination clignotante sur le quai en face; libre, elle -apparemment.

    Une jeune fille sourde -qui mendie en essayant de vendre des colifichets avec ce petit mot "Je suis sourde ." attend devant le train.
    A force de gestes et de mimiques, je lui demande: Paris?
    Elle me répond: Oui, Paris!
    Pour m'en assurer, je réitère la même demande dans le train à la première femme assise: Paris? Je crie, presque.
    Elle me répond, dans un accent péruvien: Paris!
    Je m'assois. Toujours pas de réseau sur mon portable.
     

    Fin du 3 ème épisode

    Pour le repos de mes lecteurs, je remets la suite à demain.

    Géraldine Andrée


  • Sans titre

    Emporter,
    en plus de l'indispensable
    -peigne, brosse à dents, dentifrice, savon de Marseille-,
    l'Essentiel:

    mon flacon d'eau de rose,
    mon collier de perles aux reflets si roses
    qu'il me semble que l'aube
    perle sur ma peau,

    et les Rubayat
    d'Omar Khayam
    qui voit se refléter dans le vin
    l'âme des roses
    .

    Géraldine Andrée

  • Apaisement

    Enfin, tu es rentré.
    Il n'y aura pas, ce soir,
    le grand orage
    que je redoutais:

    dans notre petite chambre,
    je contemplerai
    longtemps
    la nuit d'août,

    la nuit d'or
    de ta peau toute
    tachetée
    d'étoiles rousses.

    Géraldine Andrée

  • "En ce moment"

    "En ce moment":
    trois modestes
    mots
    pour dire:

    le présent vital:
    celui qui nous sauve
    des morsures du passé,
    des tourments de l'avenir;

    le présent initial:
    à l'origine de la fleur dans la main,
    de la réciprocité entre l'oeil et le nuage,
    du coeur qui bat lorsque paraît la flamme;

    primordial présent
    qui nous guide,
    même si nous résistons
    à son élan,

    d'instant
    en instant,
    et nous guérit
    du Temps.

    Géraldine Andrée

  • Anges

    Il est des anges qui se brisent les ailes contre le pouvoir, le paraître, l'ambition, la possession.
    On les rencontre beaucoup, à notre époque, échoués dans ces regards qui ne voient plus le ciel.
    Mais il est des anges veilleurs d'encres et de silences,
    protecteurs des oiseaux qui traversent le monde et des frêles plantes qui poussent,
    messagers des astres éteints et du chant lointain des sources,
    gardiens des pensées secrètes et des chambres douces.
    Ces anges volent jusqu'à nous par les poèmes que nous lisons -même sans grande conviction.
    Lorsque nous sommes profondément seuls,
    il nous suffit, pour les rencontrer, d'allumer une lampe au-dessus d'un recueil de poésies -le fait que le poète soit mineur n'a aucune importance pour le coeur-;
    et si nous nous sentons soudain légers, libres, purifiés, presque guéris,
    c'est le signe
    qu'un de leur souffle
    nous touche
    dans la nuit.

    Géraldine Andrée

  • Etoiles

     inspiration, partage, quete, deouverte, liberte, universalite

    Apollinaire (dont le nom vient d'Apollon, dieu de la Lumière et de la Beauté) écrivait:
    "Il faut rallumer les étoiles."

    Et il est vrai que les étoiles, on ne les voit plus désormais, tant elles sont voilées par les fumées des industries en pleine expansion et par la pollution.

    Les yeux d'or du ciel ne nous regardent plus car nous les avons rendus aveugles.

    Par conséquent, nous nous aveuglons aussi car nous avons pris l'habitude, en levant la tête, de n'apercevoir qu'une voûte obscure et nous croyons qu'il en a toujours été ainsi.

    En ce soir de feux d'artifice, -rouges, orange, verts, bleus-,
    je rêve de n'avoir pour couverture qu'un vaste ciel piqueté de taches rousses;
    je rêve que des myriades de prunelles lointaines veillent mon sommeil depuis leurs millénaires révolus;
    et que je les entende me dire en silence:

    Qu'importe que Demain soit un nouveau jour!
    Nous, nous durons toujours.

    Oui, je rêve du luxe de ces étoiles alors que je suis allongée sur la terre humide d'un soir de juillet.
    Si nous oublions les étoiles, nous nous coupons de nos racines célestes.

    Alors, il est grand temps de "rallumer les étoiles" et de réapprendre chaque nuit
    Tout ce que nous avons oublié.

    Géraldine Andrée
    Image: Vincent Van Gogh; Nuit étoilée

  • De l'autre côté

    J'écris pour passer de l'autre côté:
    de l'autre côté de moi,
    de mes incertitudes, de mes peurs,
    de mes attentes, de mes espoirs;
    franchir cette frontière invisible
    qui me séparait de Moi;

    et retrouver le pays de l'enfance
    où la foi émerveillée va de Soi,
    de ce Soi intact
    qui m'attend depuis toujours;
    vaste maison ouverte
    et profonde.

    J'écris pour être
    au Monde.

    Géraldine Andrée

  • J'écris

    J'écris sur le sucre blond des gâteaux du dimanche
    J'écris sur la buée de mon souffle au centre du miroir
    J'écris
    sur la rosée qui tombe des roses
    J'écris sur le givre qui fleurit au bord de ma fenêtre
    J'écris sur les gouttes de vin perlant au bout du goulot
    J'écris sur l'herbe mouillée de l'aube
    J'écris sur le sang après le retrait de l'épine
    J'écris sur les larmes naissantes
    J'écris sur la salive du baiser de l'amant
    J'écris sur la lisière blanche de l'écume qui frémit encore entre le sable et la mer
    J'écris sur le savon avec lequel l'enfant joue dans son bain
    J'écris sur la poussière du bois
    J'écris sur les cendres de la fête
    J'écris sur les bulles  les étoiles  les éclats de la Vie
    Que les lettres qui s'effacent
    disent combien chaque instant
    est présent dans le Temps

    Géraldine Andrée