• Il y a

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    le silence de la lettre lue sous la lampe
    le silence de la porte cochère où s'arrêtent les pas
    le silence du drap blanc déployé
    le silence de la lueur qui bat au chevet de la rencontre
    le silence d'une nuit que souffles et sueurs étoilent
    le silence du corps offert à l'aube comme un sacrifice
    le silence du fruit qui coule sur les doigts
    le silence de la bouche bue derrière les feuilles
    le silence d'une fenêtre qui attend
    le silence d'un pétale détaché
    le silence de l'enveloppe béante
    le silence de la nouvelle au-delà des mots
    le silence de l'oubli
    le silence de ce silence où tu rêves de t'endormir pour longtemps
    et puis le silence où tu découvres
    que la Vie continue malgré la vie
    Ce beau silence blanc du point du jour

    Signe que tout recommence

    Géraldine Andrée

    Image: Pablo Picasso; Projet d'affiche pour le film "Le Chant des fleurs" 1955

  • La nouvelle

     

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    L'oeil de la chatte
    suit l'abeille de la lumière
    Contre les lèvres un rire
    frotte ses ailes

    Les mains de Lise
    cessent de pétrir la pâte
    et s'ouvrent en corolles 
    constellées de neige

    Même le coeur de l'horloge
    oublie de battre une seconde
    Et les feuilles de la vigne elles
    murmurent à l'envi au vent

    Vite Que l'on mette
    dans la corbeille
    des fruits de saison
    du pain blond

    une bouteille de rosé
    où danse la robe de l'aube
    et une nappe bleue
    comme l'horizon

    Le monde est enfin
    prêt pour l'offrande
    L'enfant s'est réveillé
    dans la chambre!

    Géraldine Andrée

  • La lampe des visages disparus

    Qu'elle était fidèle la lumière de la lampe autour de laquelle tous les visages se regardaient
    Les fins d'après-midi hésitantes entre l'ombre et l'or semblaient ne jamais devoir finir
    Un peu de thé coulait encore On parlait de tout et de rien
    L'air fraîchit bien vite! Les prunes sont tendres cette année.
    Que devient Louise? On ne la voit plus beaucoup depuis que son enfant est parti!
    Moi je contemplais tes mains écloses sur ton tablier
    Il restait toujours du temps pour un fruit un mot une nouvelle oubliée

    Comment les fins d'après-midi autour de la lampe se sont-elles achevées?
    Sans doute très doucement dans une petite lumière d'or 
    comme ces étoiles éclairant la nuit longtemps après qu'elles se sont éteintes
    Les visages ont un à un disparu 
    Tu as choisi de plier ton tablier dans l'ombre et de croiser tes mains parce que ton heure était venue
    On a continué bien sûr à apporter des fleurs et à verser du thé pendant que la lampe éclairait fidèlement le cercle grandissant de l'absence

    Aujourd'hui lorsque je pense à ces fins d'après-midis 
    un prénom proche une tendre anecdote un rire offert comme un fruit
    illuminent la chambre close de ma mémoire
    Et je demeure
    les yeux ouverts dans la nuit

    Géraldine Andrée    

  • Présence

     

    poesie, quete, inspiration, espoir

    Une bougie vivante jusqu'à l'aube
    Une anthologie de poèmes ouverte
    Une épingle d'or en guise de signet
    Le regard de l'eau derrière les parois du verre
    La feuille blanche comme la patience

    Et ce murmure
    qui coule
    de source
    que tu écoutes
    sans cesse
    entre les murs
    de ta chambre
    c'est le silence
    digne
    de confiance

    car il est cette voix
    ardente
    au-delà même 
    de l'aube
    -plus fidèle
    envers toi
    que toutes
    les voix
    d'amis
    réunis

    Géraldine Andrée

    Image:Vittorio Corcos (1859-1933); Rêves, 1896

  • L'accord

     

    partage,complicite,espoir,deouverte,quete de l autre

    Nous sommes souvent
    en désaccord
    sur la direction du temps
    le sens des événements

    Il arrive que l'Un
    soit sourd tout le jour
    aux sentiments
    de l'Autre

    qu'il considère
    ses raisons
    comme l'unique
    raison

    et qu'il suive
    aveuglément
    la trajectoire
    de ses principes

    tel un astre
    indifférent à l'univers
    tournant sans cesse
    sur lui-même

    Les paroles
    s'exilent alors
    comme des oiseaux
    surpris par l'hiver

    et nos voix soudain
    privées de destination
    se perdent très loin
    en chemin

    Mais une chose
    est certaine
    Lorsque les ailes
    d'un papillon

    que le jour constelle
    se posent
    puis dansent
    sans prétention

    sur un brin
    d'avoine
    nos deux regards
    se rejoignent

    Géraldine Andrée

  • Sans titre

     

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    Puisque j'aime
    tant ce matin
    me promener
    sur le chemin
    de votre corps

    je n'irai point
    par ces chemins
    où montent
    à l'heure
    de l'aurore

    des parfums
    de thym
    de foin
    et de lavande
    mouillés

    C'est ainsi
    un bonheur
    exclut toujours
    un autre
    bonheur

    Géraldine Andrée

    Image: Pierre-Auguste Renoir; Nu au fauteuil; 1900