• L'enfance commune

     

    nostalgie amour, amitie, amants, partage, quete

    Nos souffles seraient plus longs
    nos regards plus profonds
    Nous deviendrions amants
    dans le foin blond

    Ma robe tomberait alors 
    comme une grande fleur
    ouverte
    sur ton coeur

    Mais je préfère
    que nous nous enlacions
    dans notre enfance
    commune

    J'aurai les joues
    rouges de soleil
    comme jadis
    lorsque tu accrochais

    à mes oreilles
    après la cueillette
    des paires de petites
    cerises brunes

    Géraldine Andrée 

  • Le parc

     

    quete, decouverte, poesie, ispiration

    Dès que je sors faire quelques courses,
    je passe par le parc.
    Qu'importe si j'effectue un détour!
    Je lui rends visite presque tous les jours.

    Je prends des nouvelles de la roseraie comme d'une amie.
    Je regarde danser la fontaine aux mille chevilles sur la coupole de cailloux.
    Je sais à la lumière des sentiers que la saison va changer.
    Je reconnais l'âme de l'herbe lorsque ses gouttes brillent. 

    Et je remplis la corbeille
    de ma journée
    avec une feuille de joie,
    un brin de rêverie,

    le pollen d'un mot 
    disponible pour une poésie
    -si  jamais je me décide 
    à écrire...


    raldine Andrée
        

  • Le jeu de l'absence

     

    quete, nostalgie, amour, decouverte, espoir

    Quand tu me manques,
    je rêve
    que j'écarte
    les branches,

    que je traverse
    la nuit verte
    du feuillage
    et que je te vois,

    assis
    dans l'ombre
    qui tremble,
    -le visage

    enfoui
    dans la nuit secrète
    de tes mains-
    attendant d'être

    trouvé en cette
    très longue
    partie
    de cache-cache,

    où chacun joue
    à laisser
    l'Autre
    tout seul
     
    et à disparaître
    parmi les feuilles
    muettes
    de l'été...

    Géraldine Andrée

  • Ma main

    Ma main
    se repose
    sur la page blanche
    Elle n'a plus besoin

    d'écrire
    ô combien
    votre main
    qui se posait

    jadis
    comme une rose
    sur sa paume
    lui manque

    car ma main
    désormais repose
    en sa propre
    présence

    Géraldine Andrée

  • Les inséparables

    Numériser0004.jpg

    Dans mon rêve de la petite aube,
    j'ai entendu la prononciation
    d'un prénom:
    Midette!

    Et je me souviens de cette grande femme brune
    aux cheveux bouclés, amie de ma tante,
    et toujours accompagnée de Maude,
    sa soeur jumelle et amie de coeur.

    Elles me disaient au revoir près de la fenêtre
    en imitant chacune avec la main de l'autre
    les battements d'ailes d'un oiseau:
    Au revoir!

    J'étais si jeune alors.
    Je ne les vis que quelques fois.
    Midette décéda d'une leucémie foudroyante.
    Maude la suivit peu de temps après.

    Mais dans mon rêve de la petite aube,
    ni Midette ni Maude
    n'ont disparu.
    Aussi ai-je commencé le jour

    avec ces deux prénoms
    qui se posent comme deux oiseaux
    ensemble revenus
    après une longue saison.

    Geraldine

  • Histoire d'un chemin

    Il est au pays d'Armor
    un petit chemin
    qui mène
    jusqu'au Domaine.

    On entend,
    dès qu'on l'emprunte,
    le rire toujours aussi espiègle
    de la fontaine.

    Les arbres centenaires
    font un joyeux salut
    comme si on les avait quittés
    la veille même.

    Pour se rendre au pays d'Armor,
    prendre la barque de son âme
    et ramer sur l'eau noire
    de la mémoire.

    Lorsque la barque effleure la terre,
    avancer parmi les joncs piquants;
    déjouer les ombres;
    traverser les brumes sans peur.

    Allumer au besoin
    la lampe de son coeur
    pour ne pas manquer le petit chemin
    qui se révèle soudain.

    L'entrée n'est désormais
    plus très loin.
    Le chant de quelques oiseaux
    ouvre la marche.

    La grande porte de bois
    est intimidante bien sûr...
    Mais si l'on y frappe trois fois,
    on entendra peut-être un pas

    qui descendra l'escalier de colimaçon...
    S'annoncer alors de telle façon
    que les mots dans les chambres résonneront:
    "C'est moi!

    Je viens d'un autre temps.
    Mais vous me reconnaîtrez
    à l'enfance de mes mains
    qui n'ont guère changé."

    Si un volet claque
    et qu'un loquet se décroche,
    ce sera le signe que le Destin
    s'accomplit enfin.

    Il est au pays d'Armor
    un petit chemin
    qui mène
    jusqu'au Domaine.

    Geraldine

  • La colonie de vacances

    J'ai sept ans.

    Je rêve depuis longtemps de partir en colonie de vacances. Il faut dire que Maman m'a tant raconté le plaisir de ses colonies à elle que j'y songe souvent. Que ce serait bien si j'y allais, vraiment! Ballons et cerfs-volants, rires et rondes, silhouettes multicolores découpées dans du papier brillant, promenades puis siestes les yeux dans les nuages, le soir peut-être ferions-nous un joli herbier avec les fleurs et les feuilles de la journée... Maman, puis-je aller en colonie de vacances? A force d'insistance, je vois ma mère céder: destination La Petite Pierre! Le nom est poétique: j'imagine d'ores et déjà un château niché à flanc de rocher.

    Mais quelle surprise!

    Dortoirs blancs avec lits désespérément alignés qui au matin sentent mauvais suite à l'énurésie des petites filles, monitrice autoritaire et idiote qui nous crie l'ordre d'aller nous promener, repas de choux qui me causent d'atroces coliques dans les forêts et un immense sentiment d'abandon; la nuit, sous les draps, je tente de me souvenir du visage de mes parents mais leurs traits précis m'échappent, me fuient... Si je ne retrouve pas leur visage, c'est sûr, ils m'oublieront en cet endroit.

    C'est dimanche. Il pleut. Pour nous occuper, le directeur de la colonie nous demande d'écrire à nos parents dans la salle du réfectoire. Sur le papier blanc comme l'absence, je reprends espoir. J'écris avec cette main droite qui vient tout juste d'apprendre à écrire à l'école:

    "Papa, Maman,

    Je sui pas bien ici. Je manje mal. Je dor mal. Vené me cherché. Je vous atand a la porte."

    Le directeur passe derrière chaque enfant; je sens son souffle derrière mon dos; son regard scrute ma nuque, puis ma lettre qu'il me soustrait alors que je la cache en y posant ma paume.
    Rapidement, sans commentaire, il la déchire et me dit:

    "Ecris-en une autre! Je te la dicte:

    Papa, Maman,

    Je sui trè bien ici. Je manje bien. Je dor bien. Le ciel et bleu. Le tem et beau. a biento. Je vous ambrase. Geraldine"

    J'écris. L'encre coule, claire et fluide. Qu'importe que ce soit mensonge ou vérité.

    A l'âge de sept ans, j'ai vécu ma première expérience d'adulte: le soi séparé du monde par les mots.

    Geraldine

  • C'était bien

     

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    C'était bien c'est sûr
    le rire clair
    de la rivière
    près de la maison

    ces prunes
    qui tombaient doucement
    dans le panier
    d'osier tressé

    les pétales du liseron
    déposés à notre porte
    par la brise
    aux doigts de malice

    et notre récolte
    de cailloux brillants
    sous la petite lampe
    de la chambre

    Bien sûr
    que c'était bien!
    C'était le paradis
    comme tu dis!

    Mais que veux-tu?
    C'était le paradis
    parce qu'il est perdu
    aujourd'hui

    Geraldine

  • Que sont mes amis devenus?

    Annie qui dévalait l'escalier en riant?
    Marie dont les seaux tintaient dès l'aube contre la margelle?
    Pierre penché sur le souffle des fleurs?
    Esther qui brossait tête en arrière bouche ouverte sa longue chevelure noire?
    Hanas jeune homme aux yeux d'enfant?
    Yvonne qui nous versait le thé chaque dimanche après nous avoir attendus debout dans la lumière rousse?
    Jeannine aux pieds nus les mains constellées de taches de myrtille?
    Et Bettie? Et Alain? Et Noémie?
    Et Claire dont le prénom sonne clair comme les cloches des laudes?

    Qu'êtes-vous devenus
    mes amis?
    Me regardez-vous
    dans la nuit
    quand je pense longuement
    à vous?

    Ou passez-vous
    à travers moi
    avec l'indifférence
    du vent?

    Geraldine

  • Jour d'été

     

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    Les yeux ouverts juste avant le lever du soleil
    La cueillette dans le jardin sans déranger les gouttes de rosée
    La confiture dont la lumière coule sur le pain
    Les feuilles de lierre qui offrent aux fenêtres leurs insectes 
    La petite pluie de la musique de Chopin
    La saveur de thym et de menthe dans l'eau chantante
    L'abeille posée sur la chair du melon
    Colin-maillard sous les branches
    Le baiser qui apaise l'ardeur de la sieste
    La conversation abandonnée puis reprise -le temps entre les paroles importe-t-il?
    La bonne plaisanterie
    Et à la fraîche
    ce poème où l'on se sent disparaître
    comme dans le lit de l'enfance

    Que tout cela oui
    serait doux
    si je ne pensais aussi fort
    à
    Vous!

    Geraldine