• Regard

    Numériser0009.jpgMa nuit n'est plus

    la même

    quand ta fenêtre

    s'éclaire

     

    Tu as tiré

    les rideaux

    et laissé les volets

    ouverts

     

    Je ne te vois pas

    Mais j'imagine

    que tu attends

    l'Ami

     

    Peut-être

    accroches-tu

    une barrette

    à tes cheveux

     

    Puis tu t'assois

    pour rêver

    la tête au creux

    de ton bras 

     

    Et tu penses

    qu'IL tarde

    sur la route blanche

    des étoiles

     

    sans songer

    que moi aussi

    je me languis

    dans la nuit

     

    Il me semble

    qu'une ombre

    passe

    devant ta fenêtre

     

    Ce n'est rien

    C'est la lune

    qui toute seule

    s'embrume

     

    Dans une heure

    tu allumeras

    le regard 

    de deux chandelles

     

    Et moi

    je t'éclaire

    invisible

    mais fidèle

     

    comme l'âme

                        de Noël

     

    Geraldine

  • Insomnie

    Numériser0007.jpgJe me réveille

    dans la nuit

    Est-ce 

     

    le volet 

    que heurte

    l'épaule du vent?

     

    Le cri

    plaintif

    de la hulotte?

     

    La cheminée

    où rôde 

    une voix aigrelette?

     

    L'arbre

    qui grelotte

    près de la gouttière?

     

    Ma main

    cherche

    sans fin

     

    ton ventre

    ton bras

    ta main

     

    et se perd  

    dans les plis froids 

    du drap 

     

    Ô pourquoi

    mon coeur

    ce tremblement?

     

    C'est ma chère

    le tendre soupir

    du souvenir

     

    ou le pouls fidèle

    de Minette

    qui s'endort

     

    les yeux ouverts

    sur le corps

    de ta longue

                        Attente  

     

     

    Geraldine 

     

     

  • Le vieux café

    Numériser0006.jpgLe rayon roux

    de la pancarte 

    Les Amis

    se balance au vent 

     

    Il suffit

    de fermer

    les yeux

    sur les souvenirs

     

    et le soleil  

    d'une saison ancienne 

    ravive la lueur 

    des liqueurs

     

    Les volutes 

    d'une cigarette

    dessinent un cercle 

    de confidences 

     

    On boit

    dans les regards

    l'espoir infusé

    d'un aveu 

     

    Un baiser

    éclaircit

    le marc gris 

    des soucis

     

    Près du cendrier 

    les mains s'écoutent

    rient

    puis dansent

     

    Derrière le comptoir

    une chanson

    égrène

    sa romance

     

    Le tablier léger

    de Florence

    tournoie au rythme

    des commandes

     

    Mais il suffit aussi 

    d'ouvrir

    les yeux

    sur les souvenirs

     

    Le Café Les Amis

    est muet

    On a baissé

    le rideau de fer

     

    Les histoires

    de la terrasse

    n'égaieront plus

    la petite place

     

    Dans la poussière

    frémit

    le lambeau jauni

    d'un parasol déchiré

     

    Trouverait-on

    encore

    si on entrait

    dans le vieux café

     

    la trace d'une larme

    le sillage d'une bouche

    déposés au bord

    d'un verre?

     

    Le papier ultime

    d'une commande

    attend-il à l'angle 

    de la table?

     

    Nul ne sait pourquoi

    le Café Les Amis

    ne connaîtra

    de saison nouvelle

     

    Le temps

    ne revient jamais

    Seul le vent converse

    avec les persiennes

     

    et réveille

    la longue

    plainte

    oubliée

     

    de la pancarte

                       rouillée

     

    Geraldine

     

     

     

     

     

     

     

  • Annette

    Numériser0005.jpgLa Mère dit à Annette: Tu es si petite!

    Annette ne le croit pas; elle parvient à toucher quelques branches du chêne argenté, en se hissant sur la pointe des pieds.

    Le Père dit à Annette: Tu ne comprends rien!

    Annette n'est pas d'accord; elle regarde l'oeil de l'eau qui s'ouvre; elle sait comment le monde joue avec les reflets.

    Le Frère dit à Annette: Tu ne fais pas assez attention!

    Mais Annette a observé, de sa fenêtre, l'éclosion du premier bourgeon. Elle connaît les doigts subtils du printemps, qui traversent le chagrin du vent.

    La Soeur dit à Annette: Tu n'iras pas très loin!

    Dimanche dernier, sans avertir personne, Annette est allée jusqu'au bout de la route et elle a contemplé l'autre versant de la colline, là où la liberté bourdonne doucement.

    L'Institutrice gronde Annette: Tu ne vois pas clair! Mets donc des lunettes!   

    Comment est-ce possible? s'interroge Annette, je vois à chaque seconde un soleil se lever, vert, bleu, rouge ou nacré...

    Les Gens ne devraient-ils pas mettre à leur tour des lunettes

    pour découvrir qui est Annette?

     

    le 11 novembre 2010

    Geraldine

  • Visiteur

    Numériser0003.jpgJ'entends 

    ronchonner

    le vieux carillon  

    de l'entrée

     

    Le rayon jaune

    d'un falot

    s'allume

    et se promène

     

    Gaspard  

    aboie

    en quête

    d'un regard

     

    Puis c'est 

    l'obscur

    froissement 

    d'une tenture

     

    ce murmure

    presque inquiet

    qui suit un pas

    dans le salon 

     

    Avez-vous fait bon voyage? 

    Vous devez avoir froid

    Vous arrivez à temps

    On sent poindre l'orage

     

    Et moi je cache

    mon visage

    dans le noir

    de mes mains

     

    Qui donc vient

    me voir

    ce soir?

    N'est-il pas

     

    trop tard

    pour les regrets

    et trop tôt

    pour les mots?

     

    Geraldine

  • En attendant l'étoile

    Numériser0002.jpgElle attend

    depuis si longtemps

    que la vie commence  

     

    Les papillons bleus

    de ses yeux

    volent vers la veilleuse 

     

    Sa pensée tourne

    aiguille inquiète 

    sur le cadran des nuits  

     

    Derrière le rideau de toile 

    quelques lueurs pâles 

    tremblent souvent 

     

    Comment oublier  

    le jeu étrange

    des ombres?

     

    Ce pas qui traîne

    dans le silence sombre 

    des couloirs

     

    s'arrêtera-t-il

    un soir

    près de son âme? 

     

    Un visage  

    sourira-t-il

    au seuil de sa porte? 

     

    Un autre regard

    adoucira-t-il demain 

    le cliquetis de ses peines?

     

    Elle attend

    depuis très longtemps

    la révolution  

     

    du monde autonome  

    rond et plein

    de ses mains 

     

    Elle voudrait

    déchirer lentement 

    le voile

     

    pour voir

    comment respire

    son étoile

     

    Geraldine

  • Le censeur

    Numériser0001.jpgTon stylo sombre censeur

    a dépouillé mes pages

    Mes erreurs ont été corrigées

    mes lettres redressées

    mes accents rétablis

    mes secrets sondés

    mes souffles mesurés

    mes douleurs relativisées

    mes désirs maîtrisés

    mes joies atténuées

    Toute mon existence 

    a été ponctuée  scandée    martelée

    par ta légitime surveillance

     

    En exigeant

    mon succès

    en voulant

    rendre mon écriture

    belle comme il se doit

    tu l'as considérablement

    affaiblie

    Mes mots sont de vaines

    étoiles qui fuient

    le doux pays

    de la poésie

    J'ai rangé les rêves

    de mon coeur

    dans les tiroirs gris

    des vieux silences

    Et je déménage

    de page en page

     

    Hélas 

    ton stylo noir

    très perspicace

    jadis

    ignore

    combien cela me gêne

    d'écrire ma vie 

    aussi exilée

                    de moi-même

     

                     Geraldine