• Grand-Mère

    Numériser0015.jpgGrand-Mère ne commençait jamais la journée sans sa croix d'argent qu'elle frottait contre son gilet en riant.

    Quand elle ramassait des mirabelles parmi les herbes piquantes, on voyait son ourlet retroussé à la hauteur de ses genoux et la dentelle jaune de son jupon.

    Le matin, très tôt, je me cachais derrière la porte pour la regarder. La brosse noire lissait ses longs cheveux blancs: "cent fois, conseillait-elle souvent, pour les rendre plus brillants." Un frémissement ondulait au creux de ses reins et une expression étrange l'habitait dans le miroir: les yeux profonds, la bouche entrouverte.

    Je me souviens d'elle, penchée au-dessus de la bassine où elle lave les haricots: ce sillon bleu entre ses seins me fascine.

    Le soir, Grand-Mère s'amusait à me montrer ses mains ridées sous la lampe: "Que je t'apprenne à lire toutes ces lignes de vie..." Et moi, envahie par une peur sourde: comme elles sont frêles ses veines brunes qui s'entrelacent à fleur de poignet...

    On suivait Grand-Mère dans les champs 

    L'air mêlait des voix mystérieuses

    Les mirabelliers acquiesçaient dans le vent

    Les insectes vibraient 

    Les petits animaux se précipitaient pour nous confier les rêves inavoués des sous-bois 

    Les cailloux s'en étonnaient

     Et quand un nuage s'avançait, la bedaine lourde de pluie:

    "Le soleil nous fait une farce." souriait Grand-Mère.

     Une fin d'après-midi d'été, les traits tirés, Grand-Mère nous souffla: "Jouez sans moi".

     Elle désirait se reposer plus qu'à l'accoutumée.

     Nos espiègleries ne l'accompagnèrent pas à la porte de sa chambre.

    Elle ne réapparut pas pour le dîner.

    A partir de ce soir-là, je cessai de converser avec le bel oiseau d'or qu'elle épinglait sur son coeur.

     

    le 26 Juillet 2010

    Geraldine

     

      

  • Passante

    Numériser0014.jpgJe te visiterai cette nuit

    toi mon enfant endormi

    Je serai pour quelques secondes

    l'amie de ton ombre

     

    Dehors la mer et sa rêverie

    les feux follets de la baie

    et la main ouverte

    de la lune peut-être

     

    mes lèvres souffleront

    sur ton front blanc

    ce mot que tu sais

    puis je m'en irai

     

    à ton réveil

    rien n'aura changé

    l'air sonnera

    tiède et clair

     

    la paume du ciel

    effleurera la mer

    les terrasses

    se pareront pour la danse 

     

    de mon passage

    toute la chambre

    gardera le silence

    aucune trace

     

    seul un tout petit

    papillon vert

    endormi

    dans ton gilet

     

    comme une aile

    dans les plis

                      du secret

     

    Geraldine 

     

  • Conversation

    Numériser0012.jpgLes amis

    se sont réunis

    pour parler

    de la Vie

     

    Le premier verre

    La première ivresse

    Le premier corps

    aimé dans la nuit?

     

     

    Les amis évoquent

    la caresse

    de la lumière

    le tissu

    des nuages

    la nuance de l'oeil...

     

    Comment mêler

    les couleurs?

    Allumer le baiser

    au bout du pinceau?

     

    Oh! Le ciel

    change vite

    lorsque le vent se lève!

    L'encolure verte

    des arbres

    frémit!

     

    Et la beauté

    court sur le sentier

    -dame singulière!

     

    Surtout

    Ne pas faner

    les bleus et les bruns

    Admirer

    l'innocence du rouge

    l'intégrité du noir

    la profondeur de l'ocre...

     

    Chaque couleur

    habite une âme;

    Chaque âme

    habite une vérité!

     

    L'art

    est un regard

    qui consent à se poser...

     

    C'est l'accord

    de la branche

    et de l'oiseau!

     

    Un rire de ciel

    illumine

    les joues de la colline

    On a inventé

    une cinquième saison

    à Barbizon.

     

                                         Le 24 Juillet 2010

                                          Geraldine

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Ecolière...

    Numériser0011.jpgUn nuage s'égoutte

    sur le toit de l'école

    hier ton panier débordait

    de petits marrons

     

     

     aujourd'hui

    j'écris ton prénom

    des feuilles de chagrin

    devant les yeux

     

     ô sentir la rondeur

    de ton souffle

    toucher le noyau

    de ton sourire

     

     mais le monde oublie

    le battement d'ailes

    de tes paupières

     la paume rousse du bonheur 

     

    il n'écoute pas

    les jeux clairs

    de la brise

    ton amie

     

     es-tu vraiment parti?

    j'ai si peur

    d'ignorer

    qui tu es

     

     alors je t'écris 

     toi mon eau ardente

     mon sanglot d'étincelle

     courant sur les feuilles

     

      l'encrier respire

     comme une fleur

     le ciel se lave

     de sa mort

     

      le temps dessine

     un voyage étrange

     pour toi mon oiseau

     mon oeil de patience

     

      et dans ce nuage

     qui s'égoutte

     sur la vitre de l'école

     je lis ton visage

     

     

     

    le 21 Juillet 2010

    Geraldine

     

     

    Musique: Dublin's Palace

    Loreena Mac Kennitt


  • Retrouvailles

    Numériser0008.jpgLe soir dore

    notre chambre d'été

    j'ignore si tu veilles   

     

     j'explore  

    la nuit dénouée 

     de tes cheveux 

     

     voici le frisson

    d'une bonne

    pluie sonore 

     

     je dépose un souffle 

    au creux

    de ton oreille

     

    et ta nuque s'offre

    flamme rose

    sous mes doigts

                               

     

    le 18 Juillet 2009

    Geraldine

     


    Musique: Tengri, le bleu du ciel

  • Regard

    Numériser0007.jpgJe regarde plus loin

    que mon âme

     

     le jardin est calme

    l'allée est blanche

     le rayon d'une mésange

    luit dans le feuillage

     

     l'encre du ciel change

    et l'oeil gris 

    de l'eau s'endort

    en son temps retrouvé

     

    ô regarder plus loin

    que moi-même

    abandonner mon âme

    pour une main douce

     

    la grille hélas

    demeure fermée 

      tout au long du jour

    point d'amie

                        à aimer

     

    Le 18 Juillet 2008

                                                 

                                                             Geraldine

    Musique: Era

      


  • Voyage

    Numériser0005.jpg

    Une assiette blanche

    Un couvert qui tinte dans le silence

    Un pichet d'eau claire

     Une tranche de pain roux

    Du poisson et des fèves

     C'est bien

    Tout cela me convient

    car je ne suis rien

    mon ami

    pas même ce rêve

    que tu fais parfois

    seulement l'étoile

     de l'abandon

     la rosée 

    d'un pardon

    Je passe

    en toi

    comme l'âme

                             du vent

     

    Geraldine

                                                                        Musique: la fille de Pékin de Frederick Rousseau

     

  • Apaisement

    Numériser0004.jpgLes voix

    des jeunes gens 

    s'éloignent

    doucement 

     

    tout s'efface

    le grain des lèvres

    l'onde des hanches

    le clair d'un baiser

     

    comme s'évapore

    la frêle senteur

    des dernières

    fleurs arrosées

     

    tes mains se posent

    sur les miennes 

    en leur frisson 

    d'ailes blessées

     

    pourquoi

    être bouleversés

    par le nécessaire 

    sommeil des choses?

     

    aimons la saveur

    de cette heure 

    qui prolonge

    le souffle du coeur

     

    Geraldine

     


    Musique: The leaves of autumn are falling de CLANNAD

  • Coïncidence!

    Numériser0003.jpgUne feuille

    de rose

    s'est invitée

    dans mon cahier

     

    Qu'il est rusé

    ce petit

    clin d'oeil

    de la feuille

     

    qui me dit

    tes mots sont roses

    comme tes joues

    aujourd'hui!

     

    on croirait

    que c'est moi

    qui te dicte

    cette poésie!

     

    mais voyons!

    il ne faut pas

    que tu m'en veuilles

    toute ta vie!

     

    pourquoi

    être jalouse

    d'une simple feuille

    de rose?

     

    je n'ai guère

    applaudi

    mais j'ai accepté

    sa compagnie

     

    après tout

    une feuille

    de rose

    dans un cahier

     

    ce n'est pas

    tous les jours

    qu'on vit 

    pareille chose!

     

    et si nos mots

    qu'ils soient roses

    rouges jaunes

    ou bleus

     

     si ces mots

    si chers

    à nous deux

    étaient bien choisis?

     

    Elle aurait de quoi rougir

    ma rose!

     

    Geraldine



     Musique: Zen à la maison

  • Lettre de beauté à l'ami perdu

    Numériser0002
    La beauté est si simple mon ami

    nous nous serions donné rendez-vous aux premières voix du jour

    le visage baigné d'herbes et de feuilles bleues nous aurions aimé la terre

    nous aurions écouté la respiration d'une violette le frémissement d'une brindille la fantaisie d'une abeille

    et notre coeur aurait dansé 

     le grelot rouge des fruits aurait ri le long des branches

    mais tu es trop sérieux  mon ami 

    tu as congédié le vent doux  tu as écarté d'un geste tous les murmures du chemin

    tant pis

    la vie ne doit pas perdre sa poésie

    alors je réinvente la musique sans toi

    peut-être l'entendras-tu  sait-on jamais  

    chaque note accordée

     n'est-elle pas 

    une lettre de beauté

    adressée à l'ami perdu?

     

                                                             Geraldine

     Voix de Loreena MacKennitt