• Tôt

    Numériser0007
    Au petit matin, après le café, tu m'as quittée.

    Je n'y croyais pas.

    Pourquoi ta voix était-elle si calme,

    si détachée d'elle-même,

    des mots qu'elle prononçait?

    Comment pouvais-tu mettre à distance

    nos caresses et nos danses?

    Je ne t'ai pas accompagné à la porte.

    Assise dans la cuisine,

    j'ai fermé les yeux.

    Je songeais que le regard lui aussi

    m'avait quittée.

    Et dans le noir de mes larmes

    alors que je n'attendais plus rien,

    ni de toi ni de moi,

    j'ai senti que la lumière était là

    fraîche et neuve;

    le monde faisait sa toilette

    comme un grand chat.

    Malgré tout,

    la journée commençait pour moi.

    Le présent des choses

     me donnait un autre rendez-vous.

     

    Geraldine 

  • Achevé

    Numériser0006
    ta robe entrouverte

    comme une corolle 

     l'ombre est déjà claire 

     

    je désire mon amour

    que le parfum de la nuit

    ne renonce pas

     

    le drap respire

    dans son rêve

    tout froissé

     

    le volet taquine

    doucement 

    la fenêtre

     

    ô qu'il nous protège  

    des voix du vent 

    et de l'oeil des feuilles

     

    mais le soleil  

    est venu troubler

    notre volupté

     

    à quoi

    nous servirait-il 

    de pleurer 

     

    les cloches

    sonnent le jour  

     huit heures

     

    c'est le temps

    singulier des corps

     avant le souvenir

     

    Geraldine

  • Vénéneuse

    Numériser0005
    As-tu reçu,
    Marie,

    une lettre de Lui

    adressée à mon coeur?...

     Hélas!...

     

                                      Apporte-moi s'il te plaît

    des oeillets rouges comme les regrets

    mon cahier d'élégies  

     douces comme des pétales de pluie

     

    mon mouchoir de dentelle

    où tremblent les bleuets de nos baisers

    que je les respire dans un clair d'étoiles 

    avant de les effeuiller  

     

    apporte-moi aussi

    cette rosée de douleur et d'extase

    qu'après la dernière gorgée de thé

    je contemple l'iris noir du silence

     

    puis éloigne-toi parmi les mains des mauves 

    et les visages des tubéreuses

    laisse-moi seule je t'en prie

    que je dorme -oubliée mais heureuse

     

    contre l'épaule fleurie 

    de la nuit amoureuse

     

    Geraldine

  • Passage

    Numériser0004
    J'habite ma vie

    comme la passante

                                un hôtel:

    -Donnez-moi la chambre

    la plus calme

    et la plus profonde.

    Le fauteuil offre-t-il des bras doux

    et le lit

    la chaleur d'un ami?

    Peut-on s'asseoir

    près de la fenêtre

    sans avoir vue

    sur le gris de la rue?

    Est-il possible d'entendre

    le souffle lointain

    de l'océan?

    Auriez-vous l'obligeance

    de m'apporter quelques feuilles

    et une vraie plume -très légère?

    Oui, en effet... Je dois écrire!

    Je posterai ma lettre en partant

    à la première heure...

    Demain, s'il vous plaît,

    sur le plateau du petit déjeuner,

    disposez une fleur,

    une marguerite de préférence;

    puis des amandes... ah! j'oubliais!

    une pêche toute ronde...

    que j'imagine encore un peu

    la beauté du monde!

    Et si vous pouviez aussi

    apporter une réponse bleue

    à la noire question

    de mes pensées...

    Non? Vraiment!

    Je ne suis peut-être

    pas assez importante

    pas assez belle!

    Bien sûr!

    Vous avez

    d'autres hôtes

    dont il faut vous occuper...

    Oui; cette dignité qu'on appelle le mérite...

    Ils ont droit à la très-grande

    suite d'or, eux...

    Avouez-le!

    ...............................................................................................

    J'habite la Vie

    comme la Passante

                               un hôtel.

    Geraldine

  • Geste

    Numériser0002
    la main
    de Louis

    lance un petit

    caillou blanc

    dans l'eau qui pense

     

    et voici les gouttes 

    d'un songe ému

    le doux iris

    d'une conscience 

     

    l'étoile remuée 

    d'une vie entrouverte

    -avant l'oubli

    muet de la sieste

     

    Geraldine

  • Au jour le jour

    Numériser0001
    tu sais

    je suis sortie ce matin

     

    j'ai acheté des fraises bien rouges

    une bouteille de vin clair

    des petits pains ronds

    des gâteaux blonds

     

    puis je suis rentrée 

    mon panier de bonheur

    était un peu lourd

    mais mon âme

     tintait plus légère

    que les graines

    de l'air

     

    dans la cuisine

    la pendule sonnait onze heures

    alors j'ai disposé les assiettes blanches

    le grand plat de faïence

    j'ai orné

    d'un brin de violette

    le coeur bleu

    d'une laitue ouverte

     

    et je me suis assise

    comme ça

     devant les yeux du jour

    dans un paisible

    étonnement d'amour

     

    Géraldine