• APPEL...

    Numériser0004
    Le poème m'appelle!

     

    Impossible de se méprendre!

     

    Ce n'est pas la voix fluette

    des coeurs épris  

    ou des ombres grisées

    - délectations douçâtres et surannées senteurs

     en de pâles vies antérieures...

     

     Ce n'est pas la voix malade 

    de la mélancolie à la bouche éteinte

      -si triste sourire d'amante

     pauvrement oubliée

    dans la mièvre éternité du verre...

     

    Non! Le poème m'appelle!

     

    Et tous les cahiers refusés de l'univers s'ouvrent dans un cri âcre

    les lampes méditatives de l'esprit vacillent   -suspendues à l'obscurité sonore des oracles!  

    une énigme féline se faufile entre d'astrales catastrophes et de vierges nébuleuses

     

    C'est le halètement extasié du ventre des jours

    puis une plainte circonscrite comme une île au zénith violet des naissances 

    l'espoir offert comme une paume de sang!

     

    Se laisser traverser

    au terme de tout ciel 

    par le contentement violent du soleil

     

    Ne pas effacer -dans une illusoire incarnation- les rides vivantes du monde

    mais caresser la forme immémoriale de la lumière 

    la chair exhalée d'autres noces si anciennes 

     

    Plus près   ma bouche d'amour   des doigts exquis et cruels de la Musique! 

    à l'écorchure vermeille de la vraie Liberté

     mes candeurs se livreront bientôt!

    avec les larmes moirées des Mots

    mon âme riante fera ses ablutions!

     

    Que le Poème

    désormais devienne

    mon amant divin

    mon haut mal

    rayonnant et fatal

                                       

                                                sans Nom  

  • POINT FINAL

    Numériser0003
    page seule

    page glacée

    blanc chagrin dans la nuit

     

    la page a trop donné

    et le don gratuit

    semble frivole

     

    alors la page s'en va

    la page s'envole

    vous ne la rattraperez pas

     

    parole de l'éphémère

    rose des mille vents

    toute effeuillée

     

    c'est triste assurément

    ce soupir qui disparaît

    ce pleur de feu follet

     

    mais pour la page mal aimée

    dont la faim fut amère

    ô la belle fin légère!

     

  • SUSPENSION

    Numériser0001
    je n'achèverai pas ma page

    le temps des voix est si bref

    et le tourment de ma route si vif

    cueillir à fleur d'insolence

     ces mots vraiment

    ô violence

     

    pourquoi mon pas de sable

    sur le seuil neuf des saisons

    sacrilège sacrilège

    de déchirer l'étoffe des paroles

    avec l'innocente pointe d'une

     plume d'oiseau

     

    sacrilège de mesurer

    un éclat envolé

    un nuage essaimé

    c'est équarrir l'énigme du monde

    épingler la délicieuse 

    dentelle du vent

     

    l'oeil vierge du sommeil

    allume sa propre vie

    forte inouïe

    à mon souffle de cendre

    survivront oui

    toutes les étincelles

     

    laisser pleurer

    l'âme douce des balbutiements

    offrir son corps ébahi

    aux lents ciseaux du silence

    aux moues blêmes

    des longues nuits remuées

     

    divisions de ciels

     soustractions d'astres

    qu'importe

    l'encre s'est diluée

    dans les veines superbes

    d'un monde autonome

     

    peut-être à la rigueur

    écrire l'épitaphe

    de mon coeur

    dans les plis fugaces

    d'une danse d'été

    qui voile mon visage

                                     déjà

     

    je n'achèverai pas ma page

  • L'enfant en allé...

    Numériser0004

    "Arrivée de toujours, qui t'en iras partout." Arthur RIMBAUD

    La volupté de ta main court sur le vif clavecin des vents,

    éveille le velours inconnu des voix, fait vibrer le frisson d'un chant sur le mystérieux tambour des chairs, tend les cordes divines d'une nuit désirée...

    Mais il n'est pas -hélas!- d'oreille fine qui égrène ton rire bleu d'aimant.

     

    Tes yeux transpercent l'obscurité grise des ardoises,

    pour suivre le dos ondoyant du matin aimé, écrire la promesse colorée de toutes les vérités, vaciller avec les murmures nimbés dans l'échancrure neuve du jour, effeuiller paisiblement la chevelure docile des étoiles...

    Mais il n'est pas -hélas!- de paupière patiente qui gardera intacte, au centre de la prunelle du ciel, cette si heureuse ardeur.

     

    Tes lèvres se souviennent bien du baume des poèmes:

    elles veulent unir leurs mots en grappes de rêves mauves, désaltérant ainsi la gorge des paroles vaines, ouvrant le collier fécond des insomnies;

    -que l'Eloge s'allume, tel le halo d'ambre d'une lampe oubliée, dans la chambre cachée des âmes!...

    Mais il n'est pas -hélas!- de bouche généreuse qui gravite autour de l'orbe splendide de ces baisers.

     

    Comme tu n'existes pas selon les normes d'ici, il te faut partir avec le feu fragile des soirs déchus, t'envoler avec les plumes blanches des oiseaux clairsemés, paumes fermées, iris éteint, lèvres serrées, l'insouciance tristement enclose dans ton Coeur.

     

    Et pourtant, plus tard,

    tout au bout des terres vierges et des temps perdus, au détour dérisoire d'une page, 

    certains découvriront que tu as vraiment existé

    et l'esprit déchiré entre mille points d'azur,

    ils t'appelleront opiniâtrement, épèleront sans vergogne ton nom de nuage en nuage,

    croiront entendre l'obstination d'un souffle, la force pulsatile d'un idéal animant leur voile,

    suivront jusqu'à s'aveugler quelques lueurs éparses que la glotte muette, noire et profonde du Monde aura goulûment avalées!

     

    Certains prétendront te ressembler; ils imiteront -pâles masques!- la souriante pureté de ton visage que nul n'aura su lire.

    Mais les prodiges passent et jamais -non! jamais!- ils ne peuvent renaître sous l'égoïste et insolente volonté de ceux qui les ont ignorés.

     

    Alors, va-t-en,

    va-t-en,

    mon enfant!

     

    Que ta trace solitaire, rebelle et sublime

     que la radieuse blessure de ton énigme  

    disparaissent enfin dans la douce bonté

    d'un rayon d'été. 

  • NEIGE NOIRE

    Numériser0009
    ô le corps nu des fièvres

    la torpeur de l'oeil

    silence

     

    vois comme la mort remue la nuit

    entends comme ses ongles lacèrent les voiles

    quand sa pelle cogne lentement la terre

     

    le ciel maintenant entrouvre ses tombes

    le ventre déchiré de l'éternité

    exhale un long souffle putride

     

    les mots gargouillent la salive fermente

    dans la gorge impuissante

    de l'orateur moqué

     

    le cou précieux des cités se détourne

    des larmes âcres et sèches

    que crie ce nouvel hiver

     

    la tour narquoise du temps grandit

    et contemple l'errance dérisoire

    des cavaliers qui ne sauveront rien

     

    les astres saignent la couleur insolente

    de toutes les humeurs maudites

    de toutes les lâches perditions

     

    et les os des arbres brisés

    les muscles des ailes suppliciées

    gémissent attachés sur l'inexorable roue d'Oubli

     

    quel est donc ce tambour fauve qui bat comme le coeur troué des mémoires

    quel est donc ce rythme sinistre qui galope jusqu'à la pointe du sabre d'argent

    quelle est cette étreinte masquée à laquelle s'invite la danse violente de l'ombre

     

    ô veilleur à l'orée d'hier aujourd'hui demain

    ne nous abandonne pas je te prie

    penche-toi sur les sanglots de notre chemin

     

    parcours les pluies les houles les nues

    enjambe les égoïsmes polaires et les sarcasmes brûlants

    éclaire notre pays aveuglé par sa neige noire

     

    allume la lampe de la clémence ignorée

    l'étonnement simple et pur du jour

    caresse la joue solitaire de l'espoir

     

    et écris écris écris écris

    les signes du vent bleu

    sur la fenêtre interdite

                                 d'un rêve d'amour