• L'ENFANT

    Numériser0008

    "Vivre, c'est survivre à un enfant mort." Jean GENET

    Elle ne t'a jamais quitté cette voix: elle fut toujours là, près de toi, si près... Elle te chuchotait des secrets à l'insoutenable splendeur. Souviens-toi

                   de cette voix

                                         qui te disait

    la respiration bleue des prés froissés dans la nuit      la volupté des jours gorgés de moisson        l'âcre caresse de l'herbe        

    et la présence espiègle du caillou sous le pied!     

    elle te disait:      voici l'instant        l'oisiveté dorée  de l'instant            Contemple son orée bienveillante   l'aurore de sa paresse

    Mais tu ne sais pourquoi... Tu refusais cette voix; elle avait les accents de la mémoire oubliée peut-être?   les larmes chantaient si intimement que leur douceur se métamorphosait en violence. Vénéneuse corolle de la tristesse... Il te fallait expier cette ardente candeur!

    Alors, tu as fui,  espérant trouver refuge dans un monde trop grand pour toi. 

    Tu as traversé l'haleine mouvante et inquiète des mers      

    tu as exploré les montagnes fauves  les glaciers opaques  les ombres farouches d'une solitude lunaire   l'éther impassible des rêves  les nébuleuses rubescentes de l'attente  les vallées des hommes égoïstement encloses sur l'inconnu de leurs croyances et de leurs rites

    Puis tu as suivi avec désarroi les caravanes blanches du désert 

    tu  t'es fondu dans les couleurs puissantes de toutes les ethnies  

    tu as parlé une langue sublime commune à tous les désirs  

    tu as fait corps avec la plénitude du voyage 

    ta chair a donné chair à l'air et à l'eau 

    ton esprit fut la couronne invisible d'une autre vie   terre et feu mêlés  

    tu as admiré l'étincelle sauvage des armes le troublant mirage des richesses l'offrande hâlée des mains   

    tu as obéi au tempo pourpre du sang qui criait sa fougue en ton esprit

    Enfin   envahi de mauvaise ivresse    tu vins t'allonger dans le lit indifférent de l'Hiver; et même en cette funèbre veillée de l'âme, au-delà du silence maudit et irrémédiable, bien après que La Lueur se fut étrangement fanée, ta voix -jeune sagesse immaculée, page irradiante du cahier de l'Enfance!-ne nous quitta pas

    Qu'importe la sinistre et lasse parade du deuil!

    ou le flamboiement amer de la dernière saison!

    encore et toujours  furent chuchotés des secrets

    plus envoûtants que la fête de l'horizon

    Hier  demain   maintenant

    Oui qu'importe

    Tes poèmes ignorés ont ouvert une porte 

    Ta Voix nous parle de toi   

  • Vérité...

    Numériser0007

    RIEN

     

    de somptueux ni de grandiloquent

    dans ma demeure

    sinon le rire intérieur du jour

    un éclat de sommeil

    et le pianotement tranquille

    des doigts de l'âme

    sur les touches du rêve

  • REGARD...

    Numériser0006

    Que regardent tes yeux verts de vie, mon ami?

    Serait-ce

                 ce refuge de ciel où rêvent les neiges?

                 ce rubescent secret lové dans les étoiles? 

    l'horizon chatoyant du souffle des arpèges

                 quand tremble l'indigo follet des voiles?

     

    Que regardent tes yeux doux de jour, mon amour?

    Serait-ce

                la lame royale du péché?

                l'amer joyau des voluptés?

                quel âcre flamboiement, dis-moi?

                quelle étincelante faute de joie?

     

    Ô! Tes yeux tressent

    dans la fugue bleue de l'ivresse 

    la nébuleuse riante d'un destin!

    Ardeur féconde de mes mains, 

    suave caresse de tes brûlures!

     

    L'eau des mots me murmure 

    la tendre réconciliation d'or

    d'une étrange aurore, 

    loin des navrantes brisures,

    des ineffables déchirures...

     

    Sois la Force Neuve qui m'égare!

    Sois le Vent Clair! Sois le Navire!

    Dans ton Halo déjà je chavire

     et ta présence profonde 

    épure la triste taie du Monde 

                

                       qui s'ouvre maintenant

                       comme un REGARD...

                          

  • BIEN A VOUS...

                Numériser0005
    Dans le coeur battant et vibrant de vos livres,

    j'ai lu

     

              des vers étincelants comme la folle résonance de cent soleils,      

             des rimes bouleversantes -scandant l'attente suppliciée du ciel...-,

            des mots filants comme le secret tressé des nuits, 

            des éblouissements de départs et de retours sur la harpe neuve du Vertige

     

           j'y ai lu aussi la chair violente de vos rêves, 

         l'enfance vermeille que sécrétait le rythme émerveillé d'un Temps -d'une Heure insolite- vous appartenant,

         l'ondoyante fête de l'instant ,

      l'étonnement vert du bonheur qui parfois murmurait sous votre paupière, 

      le questionnement radieux mais solitaire de la Mémoire...

        et cet éclair! -cri aurifère du vrai Désir!

     

    Oui, j'ai lu tout cela! et bien plus encore!...

    Je me suis blessée au rayon grisé de votre rire d'ange,

    j'ai écouté l'incandescente prière de votre voix;

    j'ai contemplé l'éclatante ivresse de votre inspiration; 

    je me suis soumise à l'exigeante pureté de vos poèmes météoriques... 

    afin que ceux-ci ne volent pas trop loin! qu'ils demeurent entre vous et moi! 

                 me comprenez-vous? 

     

    et j'ai glissé   silencieuse   dans l'abîme brûlant que sondait jadis votre plume désemparée     

    j'ai vacillé devant tant d'âpres beautés           prête à me renier  

    je voudrais feuilleter aujourd'hui tous les azurs du Possible pour vous retrouver      

    et me noyer dans cette encre de sang              disparaître à jamais dans le bel infini circonscrit de votre Amour      

    que l'humus fécond sous lequel suffoquaient vos souffrances m'ensevelisse! 

     

    Alors, cueillerais-je peut-être la racine splendide des étoiles?

    Boirais-je le suc palpitant des jours immortels? 

    Offrez-moi, je vous prie, les gemmes de votre soif suppliante!

    Délectez-moi de votre faim! 

    Que j'épouse enfin votre rutilante Eternité!

           Vous reviendrez, n'est-ce pas, vous reviendrez?

  • SAISON D'ECRITURE

    Numériser0004

    Je n'écris pas pour une quelconque postérité ou reconnaissance, encore moins pour être à La Une des louanges...

    Je n'ai pas la prétention, par mes mots, de signer une page d'Eternité.

    Mes poèmes existent tout simplement... Ils naissent d'un élan autonome et injustifiable, injustifié. Ils sont libres et indépendants -comme moi dans la vie quotidienne!

    Mais ne croyez pas, lecteurs, qu'ils sont nés dans la facilité, sans douleur. Mes poèmes sont exigeants; ils m'ont demandé patience, âpreté, effort comme des amis qui ont besoin d'exclusivité. Aussi, je les travaille comme ils me tourmentent! Ont-ils acquis une forme définitive? Eux seuls le savent, pas moi! Ce sont eux qui, impérieusement, m'appellent; moi je ne fais que répondre -humblement- à leurs désirs. Rien de ce que j'écris n'est aisé; rien de ce que j'écris ne va de soi. Je consens simplement à donner ce que l'écriture exige de moi. C'est tout.

    Il n'est pas certain que ce recueil soit pérenne. Peut-être un jour, dans une complète discrétion et par sa seule volonté, se refermera-t-il...  Mes mots s'échapperont, repartiront vers ce lieu et ce temps absolus qui les ont enfantés -paysage étrange que moi-même je n'ai pas la présomption de connaître...

    Peut-être mes poèmes s'endormiront-ils dans leur grand secret indicible -  énigme enclose d'une page d'Initié.

    Le Poète ne déserte pas; il suit simplement Sa Poésie; et si la voix de Sa Poésie luit pour la dernière fois -paillette d'éclipse, braise de poussière, soleil froissé d'un souffle, rayon frileux de la mémoire...-, alors la trace incandescente du Poète se perd à jamais dans une nuit neuve pour Lui et obscure pour Les Autres.

    Le Poème est passage mystérieux, chemin détourné, mirage de vague et de vent. C'est un voyageur à peine vu, déjà disparu.

    Et moi -qui l'aurai compris- je vous dirai adieu,

    sans coquetterie, 

    d'un petit signe de coeur 

    pour accompagner La Vie

                           AILLEURS.

  • Le cahier d'Emmanuel

           Numériser0002

              Dans le cahier d'Emmanuel

    il est des mots pourfendeurs de nuages

    qui allument l'encre de l'Amour au Large

              d'une page où le Souffle déferle 

          

            Dans le cahier d'Emmanuel

    il est des mots dont l'ardent rire de ciel

    efface les rides de nos âmes patientes

            au-delà des livres de l'Attente

            

            Dans le cahier d'Emmanuel

    il est des mots d'Espoir âcres et rebelles

    que crient les lèvres de nos divines Envies 

           à l'ombre rouge des bougies

     

           Dans le cahier d'Emmanuel

    il est des mots avides qui brillent

    telle la nébuleuse d'une noble veille

          sous la pointe sensuelle des nuits

                        

           Il est tant de mots-amis!

    Ô Revenez, temps vitaux gorgés de Poésie,

    déposer la Plume chantante de vos ailes

           dans le cahier d'Emmanuel!

                       

  • CONTE POUR UN POETE

    Numériser0001
    Si tu veux devenir poète, mon ami,

    si tu veux devenir poète...

    Nul besoin de poser une oreille inquiète sur le ventre grouillant des nuits -porteuses d'un maigre foetus d'étoiles!

    Nul besoin de se sacrifier, dans une âcre éclipse, pour un si mauvais mirage!

    Nul besoin d'interroger les lèvres bleuies et muettes de l'Infini!

    Nul besoin d'avancer, aveuglé par la neige incandescente d'étranges climats!

    Nul exploit mystique! Nulle nécessité souveraine en Poésie!

    Il te suffit, simplement, de regarder autrement le carreau mouillé de ta fenêtre avant de t'endormir; des yeux d'offrande, peut-être, ou de compréhension profonde qui accompagnent la pluie paisible du soir...

    Puis, l'esprit détaché de toute joie et de toute peine, saisir le livre enchanteur du Prophète de ton Coeur, dont toi seul connais le nom.

    Glisser d'une main tendre l'Ouvrage sous l'oreiller, doucement t'allonger et accepter la Patience qui, tôt ou tard, annonce le rêve noble; franchir l'orée absolue, confiante et pure d'une Adolescence oubliée!

    C'est cela l'humble diadème de la Poésie.

     

    Alors, dans l'étincelant pays de ton inconscient, les phrases se délieront- 

    ondulation d'une langue d'azur humant le chant défloré d'amères musiques; roucoulement d'une encre marine; sublimes irisations d'acides; salives astrales des mystères ruminés; amygdales écloses de la Bonté Secrète; frisson glottal qui parcourt la féconde muqueuse du Verbe !

    La respiration lactée des mots gonflera l'ancestral larynx des Mémoires; délicieuse gorgée d'Evidence!-

    Et le Vers ouvrira pour Toi sa paume d'Incarnat.

     

    Le lendemain à ton éveil, ta maison ne te paraîtra plus ni pauvre ni vieille:

    sur le blanc émaillé de la vaisselle s'allumeront des visages d'anges, qui furent -hélas!- souvent évincés, cachés par l'obscur versant des vanités; dansera aussi la formule blonde et rousse des nuages; les bassines se rempliront des senteurs insolites d'une fête ensorcelante ; les murs des chambres ruisselleront du murmure magnétique des miracles; dans le grenier on écoutera se balancer -quelle bénigne ivresse!- le rire violet des fées.

    Ah! Quand le souffle de ta savante candeur hèlera le Jour, jaillira -rougeoyante souplesse d'un Temps magique et animal!- l'insolente santé des Saisons!

    Comme le bonheur s'annonce avant l'aube,

    le poème naît toujours avant le premier mot, mon ami.

    Nul exploit mystique; nulle nécessité souveraine: un crépitement d'instant; une aurore d'humilité...  

    Et voici que brille pour tous ces mondes rassemblés 

                  le diadème aimant de la Poésie.