• CONTE

    Numériser0004

    "Le désir non atteint nous est bien plus cher que le désir déjà satisfait." Khalil GIBRAN

    Le cerf-volant a rêvé si fort de subtiles fiançailles entre le ciel et les toits des villes,

    du ballet miroitant des étoiles à la cime du secret des clochers,

    du souffle lacté de la lune diffusé à l'orée des jardins,

    de la promesse exaltante du soleil au seuil des portes entrouvertes,

    qu'il a très vite fait chanter ses ailes!

    Vibrante vision de la conscience du cerf-volant.

    Elan neuf du Désir à la source de toute vie.

    Oui, son âme a ri,

    si claire,

    au contact de l'air

    qu'elle a tremblé comme les cordes d'une harpe...

    Le cerf-volant n'était plus guidé par la main de l'enfant.

    Seul un fil d'or, ténu, reliait sa vaporeuse musique à la voix profonde de la terre.

    Le Désir s'est fait fleur de soie.

    Où est allé le cerf-volant?

    Nul ne le sait! Et surtout pas moi!

    Il a sans doute exploré la vaste maison du firmament, la chambre veloutée des nuages, l'alcôve vermeille de l'aurore

    pour partager avec les hommes un éveil incarnat...

    Peut-être même a-t-il connu la berceuse de l'univers; doux rythme avec lequel sa puissance s'est mariée,

    pour féconder l'infinie beauté.

    Puis, lentement, le cerf-volant est redescendu...

    Douce obéissance à l'humilité.

    Il a apprivoisé le douloureux vacillement du vent qui le rappelait;

    il a effeuillé ses bouquets de notes et de couleurs; offrandes pour les plages et forêts.

    Le froissement de ses ailes égrenait une longue plainte, comme la voix lancinante d'un poème inachevé.

    Le cerf-volant avait accompli sa mission: la corolle de son chant palpiterait à jamais -malgré la flétrissure, le sceau amer d'une larme, le prélude fané des étoiles...

    Le cerf-volant a salué la lumière intime de nos fenêtres, la présence tiède de nos bougies, l'innocence endormie du soir, l'enfance simple du songe...

    Sa respiration s'est blottie

    au coeur de nos nuits.

    Demain, lors de notre promenade, nous le retrouverons, dans sa candeur assoupie, parmi les senteurs piquantes de l'herbe, tout mouillé d'aube et d'azur.

    Alors, nous le cueillerons comme un oiseau d'été.

    Dans la coupe de nos mains nous porterons sa quête.

    Enfin,

    grâce à lui, à ce qu'il fut,

    -splendeur d'une éternité dont la danse est suspendue-

    nos mémoires, déjouant le temps qui passe,

    se pencheront à la fenêtre d'un autre espace.

  • APPRENTISSAGE

    Numériser0003

    Je connais une école...

     

    une école extraordinaire

    sans mur sans tableau gris

    sans pupitre sans craie,

    où l'encre des signes se lit

    dans le feu de la terre...

    En chaque élève s'éveille un professeur

    qui lui enseigne la muette clameur 

    du sable et du ciel 

    l'ondoyant appel

    de l'inconnu...

    Dans cette école

    toute parole

    éclôt et mûrit

    comme le secret sensuel,

    l'obsession veloutée d'un fruit...

     

    Espièglerie de l'Insouciance! 

    Les chiffres s'apprêtent

    et dansent

    sur le souffle de l'Immense 

    tel le rire ardent d'une comète.

    Cette école nous apprend

    que la force de toute présence

    se mesure à l'échelle étoilée des cimes 

    et que la promesse s'enracine

    dans l'âpre virginité de la patience.

     

    Au centre de la ronde, 

    on y enseigne l'exquise énigme du cristal,

    l'incandescent mystère de l'atlas,

    la vibration rouge d'un monde

    qui roule sur le flanc neuf des jours.

    Mais surtout, oh oui! surtout,

    on y apprend le soleil de l'Humain,

    le lien irradiant des mains,

    le rayon immanent des regards,

    la révélation des Visages -enfin!

    Cette école existe à la fois

    ici et là-bas,

    Ô bienheureuse étrangeté de ce pays,

    contrée à la beauté insoupçonnable!

    Au bout de la lente marche noire

    elle transporte notre mémoire!

     

    C'est la vérité d'une réminiscence aigüe

    lue sur la partition de nos coeurs ouverts,

    c'est le galop fascinant d'un appel

    sur les rives invisibles de notre âme claire;

    c'est notre conscience offerte et nue...

    A chaque intervalle de vie,

    je remplis mon cartable

    d'expériences inoubliables,

    je taille mes crayons plus vifs que la flamme;

    je me revêts de mon manteau de chair...

    Et j'enjambe l'ombre aride des déserts;

    infiniment seule je rame

    sur l'amertume des océans,

    je me laisse transpercer

    par le glacis indifférent des pôles...

    Mais j'obéis à l'universelle boussole

    et je trace ma route,

    dans une courageuse gaieté

    qui ignore le doute, 

    Vers la Grande Ecole...

  • Candeur de coton

    Numériser0002

    "Que lointaine est la mort avec ses pôles magnétiques!"

    Rina Lasnier, poétesse québecoise

    Enfin 

    l'aurore se lève

    -jaillissement originel,

    puissant souffle de neige!

    Là-bas, à l'orée du bois,

    un coeur tremble;

    un coeur envoûté

    par la litanie de décembre...

     

    Même la pierre froide

    brille de joie!

    dans le frisson éclôt la braise,

    la chair de l'ardeur...

    Sur les lèvres gercées,

    un chant neuf ouvre ses pétales

    et les doigts gourds

    tressent un si bel appel...

    Bientôt une caresse nouvelle,

    plus sensuelle que la soie des ciels!

    Voici que s'élève

    l'essence d'or du jour!

     

    La barque luit  

    dans une sublime indifférence;

    elle ravive le rêve intérieur

    d'un reflet estompé.

    Les branches effilées palpitent

    -ô pureté insolite!-

    telles les cordes secrètes d'un instrument,

    les vierges épouses du vent!

    Le halo transi de la dernière étoile

    irise le cristal de l'étang;

    Oui, que remontent les souvenirs

    des mondes préservés!

    Azur et terre s'enlacent,

    langoureux châles d'éternité...

    Tout murmure 

    sur les rives de ma mémoire...

    Toc toc!

    On frappe à ma porte.

    Diaphane retour.

    Je te redécouvre.

    Tu es bien présent.

    Désormais, je t'accompagne

    et nous cheminerons ainsi

    dans la bienheureuse candeur

                                  

                                       de notre volupté

                                 

                               

  • REFUGE

    Numériser0001

    Nous rentrerons peu avant la tombée du jour, mon amour...

    Le chalet clair nous attendra, île vénérable, mémoire fidèle, salut réconfortant; déjà son signe vibre, comme la présence d'un bateau, au bord du gris infini des hauteurs!

    Alors, tu le sais, s'entrouvrera une route neuve, mon amour, un itinéraire intime, une exploration intérieure... veillés par la lampe magique de la fenêtre.

    Nous nous laisserons bercer, enlacés, par le frémissement d'eau de la bouilloire.

    Le craquement fauve des bûches constellera l'ombre tiède d'insolites frissons.

    Dans le secret de notre fauteuil, nous feuilletterons sereinement un livre, contemplation d'un recueil de lointains poèmes, écrits à l'orée du monde, bien avant que nous soyons, et qui célèbrent le troublant mystère d'encens des nuits.

    Alors il nous sera donné de comprendre que l'Essentiel a pour compagnon le Silence.

    Regard au-delà du mot.

    Radieuse et envoûtante énigme

    de la neige

    qui efface toute frontière...

    Nous rentrerons peu avant la tombée du jour, mon Amour,

    pour le dîner du soir nous serons présents,

    parés des atours d'un autre Temps.

  • REFUGE

    Numériser0001

    "Votre maison est votre corps élargi." Khalil Gibran

    Nous rentrerons peu avant la tombée du jour, mon amour...

    Le chalet lumineux nous attendra, vénérable veillée, esprit fidèle... Déjà son signe vibre, comme la présence d'un bateau, au bord du gris infini des hauteurs!

    Alors, tu le sais, se déploiera la route neuve, mon amour, -beauté d'un itinéraire intime,  d'une navigation ultime,  d'une aventure intérieure... qu'éclaire la lampe magique de la fenêtre.

    Nous nous laisserons bercer, enlacés, par le frémissement d'eau de nos souvenirs, l'aura ambrée de nos rêves.

    Le cri ardent du foyer étincellera jusqu'à nous aveugler. L'ombre, tel un corps étrangement habité, égrènera d'insolites frissons.

    Lovés dans le secret de notre fauteuil, nous feuilletterons sereinement un livre; contemplation d'un recueil de lointains poèmes, écrits à l'orée du monde, bien avant que nous soyons, et qui célèbrent le troublant mystère d'encens des nuits.

    Il nous sera donné de comprendre que la quiétude a pour compagnon le silence.

    Nous ferons éclore en nous ce regard au-delà de toute lecture.

    Ainsi nous déchiffrerons la radieuse et envoûtante énigme de la neige qui efface chaque frontière, absorbe chaque parole mais garde la trace du Bonheur qui passe... Ô blanc buvard de notre songe! Blanche naissance!

    Nous rentrerons peu avant la tombée du jour, mon Amour.

    Pour le partage du soir nous serons dignement présents,

    parés des atours d'un autre Temps.