• Hospitalité

    Numériser0007

    "Si vous fermez la porte à toutes les erreurs, la vérité restera dehors." Rabindranath Tagore

     

    Enlève ton manteau de chagrin, mouillé par les rafales de l'ombre et de la solitude...

    Dépose au seuil de la porte tes souliers fatigués, qui ont foulé la poussière triste des voyages sans destination;

    oublie ta quête aveugle qui a cheminé dans le vent jusqu'au bout du soir...

    Abandonne à l'obscurité douce le faix de tes illusions brisées, l'amertume de tes espoirs, la lassitude de tes renoncements; ces obsessions inertes que tu soulèves... Il n'est pas de règne absolu.

    Renonce.

    Puis, dignement, assieds-toi.

     

    Bois le vin tiède de la joie dont le reflet  grisé d'étoiles étincelle dans le verre;

    dévore la substance heureuse d'un monde plein, tout entier contenu dans cet oeil qui te sourit;

    laisse-toi bercer par la danse neuve du repos qui glisse entre chuchotement et silence;

    caresse puis émiette le long de tes paumes offertes

    le tendre pain chaud,

    rayon annoncé de l'Aube,

    corps futur et puissant de l'Eveil.

     

    Enfin,

    sur le drap radieux de cette Présence qui t'enveloppera  bientôt comme une évidence,

    allonge-toi;

    étreins l'Essentiel du secret de ton Coeur;  

    rêve  de la certitude de ton Devenir!

    Tu es toi-même cet Hôte 

    que tu sais recevoir.

  • Légèreté

    Numériser0006

     "Le pesant est la racine du léger (...) Aussi le prince voyage-t-il tout le jour sans quitter son pesant fourgon."

    Lao-Tseu

    Tao-tö King

     Légèreté de la plume et du duvet, de l'aile et de l'âme...

    La légèreté est bien plus qu'un abandon de toute attache; elle se situe au-delà de la joie du départ; elle est la larme d'une révélation, la corde d'une émotion, le frisson d'un sentiment; elle habite le coeur de celui qui consent à sa vérité; elle annule la lassitude corporelle pour celui qui, dans la tolérance suprême, explore la beauté de son secret.

    Même le plomb du chagrin, le gris stagnant de la tristesse promettent le joyau d'un rire, le souffle d'un astre, l'irisation d'un sourire. La légèreté est l'insouciance de la passion, l'oubli propre à l'enthousiasme, le sacre humble et innocent de la Liberté.

    Il te suffit de t'émerveiller au contact chatoyant de la facilité: le chant de l'eau, la subtilité du vent, l'espièglerie d'un rayon. La lumière joue; le monde danse et ne se prend pas au sérieux! Alors, devenons légers!

    Que des ailes puissantes se déploient dans notre univers intérieur; que notre être vogue, telle une voile heureuse, sur la mer de nos rêves, sur l'immense sérénité huileuse de notre imaginaire!

    Enfin, les nuages déroulent leur tapis mauve et nous transportent dans leur palais de plénitude et de silence...

    Enfin, s'allument à nos doigts les bracelets voluptueux et nacrés d'une étrange aurore...

    Enfin, la chair chante, les bras se tendent et les lèvres se  scellent...

    Il n'est plus de mot pour dire la légèreté car le mot lui-même est devenu l'aile, l'âme et la plume...

    Légèreté: noces avec soi-même; réconciliation entre l'Attente et l'Accomplissement.

    Chacun porte en lui le potentiel de l'oiseau.

  • COMMUNICATION

    Numériser0005

    "L'Ange dit:

    Quoi de plus naturel

    que de parler ensemble?"

    DIALOGUES AVEC L'ANGE

    Les anges sont si proches... Ils s'invitent à notre seuil intérieur, frappent à la porte de l'ombre.

    Et pourtant, on les imagine si lointains!

    Embryons bleus reposant dans la corolle vierge des aubes;

    souffles irradiants et solitaires qui recueillent un ciel inconnu de la terre, célébrant ainsi la myriade d'autres ciels;

    visages qui affinent les nuages pour que des rayons jaillissent- que se déroule enfin l'écheveau de la lumière!-,

    livres généreusement ouverts dans l'heureuse bibliothèque de l'Indicible.

    Oui; les anges sont tout cela!

    Mais ils sont bien plus encore!

    J'entends le collier d'un rire qui s'égrène au rythme d'un pas secret

    Je sens la veine d'un frémissement battre comme un coeur à fleur de sang derrière les murs

    Un doigt discret se pose sur mon cahier et me dicte la quintessence du poème absolu

    Un sourire habite l'antre esseulée de mon sommeil

    Les anges ne demandent qu'à être humblement écoutés:

    et leurs soupirs donnent la parole à des reliures muettes, très anciennes....

    Les anges désignent l'équilibre magnifique de la Vérité:

    et leur respiration, qui se laisse toucher, déploie une sérénité récompensant la douleur de toute abnégation...

    Les anges nous portent dans leurs ailes:

    protégés par leur regard immobile, nous apprenons ainsi à nous envoler.

     

     

     

     

  • L'ARBRE-ECRIVAIN

     

    Numériser0003


    "Les arbres m'ont beaucoup appris: tantôt sur le temps, tantôt sur les animaux, tantôt sur le Grand Esprit."

    TATANGA MANI (1871-1967) Indian Stoney, appelé Walking Buffalo

     

     

    Je veux chanter l'arbre mon ami.

     

    Lorsque je m'éveille, je le vois puiser l'Inspiration dans les veines de sa tendre écorce,

    dans la pulsation sanguine de sa douce résine. 

    Et j'entends ses feuilles bouger comme mille doigts, plumes effilées au bord de l'encrier du ciel.

     

    Mon ami l'arbre écrit!

    Il trace les arabesques vertes de la lumière du matin;

    il invente l'alphabet ondoyant du vent;

    il déchiffre le langage de l'ombre et énonce la musique du songe...

     

    Ses caractères viennent d'ailleurs;

    ses nombres ne divisent plus l'Immense

    mais réunissent de multiples fragments d'éternité

    dans le cercle privilégié de ses branches...

    Et l'irisation de l'aube se déroule comme un parchemin mouillé...

    La profondeur de la terre s'entrouvre comme un cahier vierge

    où chaque mot du monde s'enracine...

     

    Mon ami l'arbre m'écrit!

    Il m'envoie des lettres parfumées du sceau des saisons.

    Lui seul connaît l'indicible mystère du Coeur;

    Lui seul détient le pouvoir de lire les lignes de l'Invisible...

     

    Chaque matin l'arbre mon ami

    me tend une feuille toujours nouvelle;

    page initiée

    à un espace muet

    où frémissent les ailes sacrées

     

    de La Vie.