• CONFIDENCE

    Numériser0001
    (alphabet ourartéen; photographie prise en Turquie orientale; frontière iranienne). Les anciennes civilisations possédaient aussi leurs carnets et leurs livres... de pierre!

    Messages de pérennité.

    Les carnets et les livres sont mes amis.

    Quand ne vient pas le coup de téléphone attendu, quand est annulé le rendez-vous espéré toute la semaine, je feuillette l'instant... tout entier contenu dans le livre; j'y trouve le mot, la phrase... une pépite d'âme.

    Ce réconfort est aussi fidèle et pénétrant que le souffle de l'ami le plus intime.

    Il me suffit moins de penser que de sentir et je touche la chair de la page; une source incandescente me traverse; je respire l'odeur de l'encre comme le creux d'une nuque; je danse avec le rayon de l'inspiration; j'épouse -comme le feraient mes hanches avec le lent vertige de la musique- un rythme neuf à la lisière de l'écriture. Je m'abandonne... Je fais corps avec le rêve qui vient. L'inerte devient élan, envol, arabesque. Je réalise tous les possibles.

    Alors, j'ouvre mon carnet.

    Et je transmets au lecteur cette force pure qui m'a été donnée; ce contact avec l'Ailleurs qui m'habite entièrement. 

  • MIGRATION

    Numériser0005

     

    "Criant, sifflant, s'appelant, ils rasaient la mer tranquille et s'éloignaient de la rive. Dépêchons-nous, plus vite, hâtons-nous de partir! Mais pour où et pourquoi?"

    Daphné Du Maurier

    Les oiseaux

    Voici venu le temps de s'envoler avec les oies sauvages

    l'azur écrit déjà sa lettre d'adieu

    sa nostalgie de neige

    le ciel souffle un frisson bleu

    qui s'évapore comme un mirage

    déjà le vent farouche et furieux

    compose de plus sombres arpèges

    monte des gorges de la terre

    un parfum mystérieux

    mouillé comme un sanglot

    une déliquescence amère

    endort au coeur de son marécage

    tous les végétaux

     

    Le front posé sur ma fenêtre

    au centre de mon âme secrète

    je devine le départ des oies sauvages

    le claquement fauve de leurs ailes

    le tourbillon de leurs cris

    obéissant à un obscur appel

    elles fendront le désert des nuits

    certaines feront naufrage

    mais plus grande noyade

    est l'attente dans l'hiver

    alors elles franchiront l'infini

    défieront la fierté de l'horizon

     

    Déjà sonnent

    les cloches solennelles 

    de neige et de vent

    d'immenses ailes

    déploient à l'unisson

    l'imminence étrange du voyage

    y aura-t-il vraiment un retour

    nul ne le sait personne

    sinon le temps

    mais le temps tremble

    le temps geint et halète

    c'est la traversée des tourments

     

    Sans doute repose tout au bout

    le calice éclos

    d'un pays plus doux

    un pays où éclate

    le ventre fécond des fruits

    loin de la bise âpre et ingrate

    étincelle le miracle d'ambre

    l'émerveillement d'agate

    de la lumière orientale

    mais voici venu l'adieu 

    se dispersent ainsi

    les oiseaux gris de cendre

     

    mes doigts égrènent

    un baiser pâle

    vers ton visage

    notre histoire déjà ancienne

    s'envole avec les oies sauvages

    réfugiée dans mon logis

    il me faudra aimer la pluie

    le halo rouge des lampes

    les soirs d'une trop longue attente

    moi aussi je pars

    pour une traversée sans âge

    je commence dans ma mémoire

    un grand voyage 

      

     

     

     

     

  • PROMENADE A TRAVERS LES AGES

    Numériser0008

    J'écoute, les yeux ouverts sur le pays de mes méditations, le chant de la vieille balançoire rouillée;

    et le pas de mon âme s'arrête à l'orée troublante des enfances, à la frêle lisière des souvenirs...

    La voix du siège de bois mêlée au crissement amer des chaînes

    traverse l'espace, suspend les temps, crée un instant fulgurant...

    Envoûtante enjambée des plaisirs et des chagrins, des nuits et des jours; immense étreinte de tous les âges.

    J'écoute, les yeux ouverts sur la joie invisible de ma mélancolie,

    une voix très ancienne de petite fille

    qui me dit:

    Emmène-moi

    Emmène-moi

    plus loin que le regard jaune des étoiles

    et le cri rauque des oiseaux migrateurs

    au-delà de l'encre foncée des soirs

    et de l'huile ardente des midis

    dépassons les rayons violents de l'été

    et les feux follets de l'automne

    voguons vers l'embouchure de l'attente

    rejoignons la source de l'insouciance

    pousse-moi plus haut

    que je m'élève au centre de la corolle

    Pars avec moi

     

    Alors s'ouvre la berceuse de mes bras;

    je deviens cette vieille balançoire

    dans le jardin de mes méditations

    tout fleuri d'humbles victoires intérieures.

    Et mon chant rouillé accueille le langoureux mouvement

                        de la métamorphose   

  • PRELUDE

    Numériser0004

    senteurs du papier

    et de l'encre déposée

    comme une fleur

    au seuil de l'attente

    ébauche du mot

    qui appelle le geste

    combler par l'accueil

    la coupe du présent

    voguer sur les souffles

    sans craindre leur profondeur

    jusqu'au phare lointain

    de l'être qui veille

  • IMMORTALITE

    Numériser0002

     

    Les morts ne meurent pas.

    Aveugles, ils ouvrent leurs yeux sur un paysage neuf où la terre s'ancre dans le ciel.

    Absents, ils sont plus présents que le regard de toute vérité, le souffle de toute veille.

    Insensibles, ils épousent la sensualité irisée de l'arc-en-ciel et du vent.

    Muets, ils donnent au silence l'éclair bleu-vif de l'éloquence.

    Sourds, ils écoutent un orchestre au-delà de tout instrument et de toute partition.

    Les morts ni ne meurent ni ne s'endorment.

    Ils transcendent nos mémoires pour habiter nos âmes,

    plus jeunes que toute première vie...

    De leurs doigts invisibles, ils nous apprennent à lire un autre temps,

    à souligner d'un sourire serein l'odulation des jours...

    Ils nous invitent à être extraordinairement vivants.

     

    A mon guide Enea 

  • EN SUSPENS

    Numériser0003

    Dans sa solitude

    pleine et profonde,

    que ton âme écoute

    le murmure aquatique

    des nuits!

     

    Puis, Ô attente suprême,

     

    qu'elle respire

    l'onde féconde,

    de leur chant versé

    dans le ciboire nacré

    des jours!

     

  • BIENVENUE

    Numériser0001

    J'ai ouvert les volets

    de ma grande maison intérieure:

    J'ai accueilli les senteurs

    et l'imaginaire secret

    d'une terre

    hors du temps;

    j'ai écouté les voix claires

    du bassin transparent;

    j'ai goûté l'amertume

    froissée des pommes,

    la peau surie des prunes,

    le pain à la tiédeur brune...

    Puis pas à pas,

    je me suis approchée de la Joie

    enclose dans ma maison intérieure...

    Les couleurs familières

    des pelotes de laine,

    la corbeille pleine...

    L'éclat rieur

    du dé à coudre;

    la chaude odeur

    du café à moudre...

    et le chat qui dort

    tout nimbé d'aurore...

    Au milieu de la cour,

    la danse légère

    des cailloux sur la marelle;

    si l'esprit sait se taire

    il entend vibrer l'aile

    infinie du Jour...

    Cette maison intérieure,

    je veux l'ouvrir à toi

    mon cher passant...

    que sur la nappe à fleurs

    scintille la tasse d'émail blanc,

    l'humilité de mon couvert...

    La clé de ma porte

    appartient à l'ombre

    s'avançant sur le chemin,

    au sourire enchanteur

    de l'insouciance du monde

    qui me tend ses mains.

    Nous possédons chacun

    une maison intérieure;

    il suffit de la reconnaître;

    et tu peux y renaître...

    une maison antérieure

    à toutes nos enfances...

    Ecoute ses volets

    qui s'ouvrent en secret

    pour te parler en silence!